Le 25 novembre dernier, la Russie s’est vue accusée par l’Ukraine d’avoir capturé illégalement trois navires militaires ukrainiens en mer d’Azov. La Russie a justifié son acte par la manœuvre dangereuse des navires dans le détroit de Kertch.

Plutôt perçu comme une agression, l’Ukraine a assuré qu’elle ne resterait pas indifférente et s’est annoncée prête à défendre sa liberté. Ce différend a déclenché une escalade rapide des tensions entre les pays voisins qui réveille la peur d’un nouveau conflit armé sur le continent.

L’Ukraine et la Russie entretiennent une histoire commune depuis des siècles, entachée régulièrement par des conflits violents autour de rapports de force et de disputes de territoires.

Depuis l’indépendance de l’Ukraine à la suite de la chute de l’URSS, la création de nouvelles frontières entre les deux pays a laissé apparaître des zones de controverse notamment autour de la Mer d’Azov, qui s’étend entre la Russie, l’Ukraine, et la Crimée, une presqu’île au sud de l’Ukraine.

La Mer d’Azov est depuis la dislocation de l’Union Soviétique partagée entre les deux Etats et s’est vue attribuer le statut de mer internationale après 1991.

Ses limites maritimes sont restées cependant complexes, ce qui a poussé les deux pays à signer en 2003 un accord de coopération pour le partage des eaux en tant que « mer interne partagée ».

Cependant, depuis la crise de Crimée qui a eu pour conséquence son annexion par la Russie en 2014, les conditions autour de la zone maritime sont devenues plus inégales. Avec la construction d’un pont reliant la péninsule au continent russe, les contrôles se sont vus renforcés, en particulier envers la flotte ukrainienne, jusqu’à l’éclatement aujourd’hui d’une nouvelle dispute.

L’Ukraine accuse la Russie d’entraver l’accès à ses bateaux, rendant difficile ses échanges commerciaux, comme le prouve la forte baisse des recettes des ports de Marioupol et Berdiansk, des villes situées à l’est de l’Ukraine.

Le 26 novembre, le Parlement ukrainien a réagit aux évènements en votant la mise en place de la loi martiale pendant près d’un mois dans les régions frontalières. Cette loi correspond à un régime d’exception qui permet à des forces militaires ou de police d’exercer un pouvoir de contrôle sur la population, notamment par la limite des rassemblements publics, la mobilisation des citoyens, ou la limitation de la presse. Cette menace de réduction des libertés fondamentales des citoyens traduit la crainte de l’Ukraine d’une agression de la Russie sur son territoire, mais lui permettent surtout de pouvoir se préparer à des soulèvements dans des régions frontalières où certains clivages internes au sein de la population sont déjà présents.

Les tensions entre les deux pays traduisent leurs rapports de force constants depuis l’indépendance de l’Ukraine.

La prise d’autonomie de cette dernière n’a en effet pas été sans déplaire à la Russie, qui perdait par la même occasion son contrôle sur une grande partie de son territoire.

Par peur du rapprochement ukrainien avec l’Union Européenne, la Russie semblait vouloir garder de l’influence sur le territoire.

En 2004, un soulèvement en Ukraine tente d’évincer un candidat à la présidentielle pro-russe, Viktor Ianoukovytch, accusé d’être arrivé jusqu’au second tour par trucage des votes, car il était soutenu politiquement et médiatiquement par le président russe Vladimir Poutine lui-même. Après cette révolution, un président pro-occidental se retrouve au pouvoir, permettant une coopération entre l’Ukraine et l’Union Européenne ainsi qu’avec l’OTAN, mais qui détériore les relations avec la Russie. Pendant cette période, des divergences d’ordre économique apparaissent autour de la fourniture de gaz par la Russie à l’Ukraine, mais cela réveille aussi les divergences territoriales à propos de la mer d’Azov et de la Crimée.

En 2006, des mouvements séparatistes prennent de l’ampleur au sein des régions frontalières du territoire ukrainien et laissent apparaître un problème d’identités dans des zones où les frontières sont restées floues pendant des années.

La Crimée, avec la montée de sentiments indépendantistes, cristallise l’essence du conflit de pouvoir entre l’Ukraine et la Russie. Territoire autonome mais rattaché à l’Ukraine depuis 1992, la Crimée, avec sa population en grande partie russophone, devient le théâtre de nombreux conflits armés entre des séparatistes pro-russes, soutenus illégalement par les forces russes, et le corps militaire ukrainien. Il en découle alors en 2014 d’une séparation de la Crimée à l’Ukraine qui se retrouve rattachée à la fédération de Russie.

Ce même schéma d’affrontement civile se reproduit dans la région de Donbass, et reste aujourd’hui encore une zone très controversée.

On peut ajouter à cela des emprisonnements politiques dans les deux camps, des crises économique et des tentatives de défense juridique au moyen de pactes internationaux et de pays tiers qui ont contribué à l’élargissement de la fracture entre les deux pays voisins.

La Russie et l’Ukraine semblent cependant ne pas vouloir cesser l’escalade de leur mésentente, alors faut-il craindre une guerre totale ?

Certains tendent à penser que la menace de l’éclatement du conflit entre les deux pays serait également une méthode de diversion de l’opinion publique, afin de rehausser la popularité des deux présidents dans leur pays respectif par leur démonstration de force.

On peut cependant aussi y voir une marque d’affirmation identitaire de peuples qui étaient autrefois regroupés au sein d’un unique grand ensemble et qui depuis la dislocation de l’empire russe puis de l’union soviétique, se retrouvent divisés et coincés au sein de frontières qui ne sont parfois pas assez représentatives des différentes ethnies. Comment réagiront donc les grandes puissances de ces territoires d’Europe de l’Est pour maintenir leur domination et rester conséquents à l’échelle mondiale ?

Pendant ce temps, l’Europe et le monde entier garde les yeux rivés sur cette bulle de pression qui pourrait exploser à tout moment.

Camille Cherfi

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