Le 24 novembre dernier, 50 000 personnes ont marché partout en France au nom de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. C’est la première fois qu’un rassemblement au nom des droits des femmes mobilise autant de personnes en France.

Nous Toutes : les origines d’un mouvement (pas si) nouveau

Le rassemblement historique de samedi a été le résultat du travail de l’association Nous Toutes, une organisation féministe française toute jeune créée à la suite du mouvement Me Too. Depuis plusieurs mois, les membres de cette association communiquent en majorité sur les réseaux sociaux pour inviter les citoyen.ne.s à une « déferlante féministe pour dire STOP aux violences sexistes et sexuelles ». Une couleur : le violet, deux hashtags : #noustoutes et #jemarchele24, un message simple et concis : marcher pour lutter contre les violences faites aux femmes, et la campagne était lancée. Il n’y avait pas de personnalités attachées à ce mouvement, pas de rattachement à un parti politique, pas même un ou une porte-parole. Et c’est sans aucun doute grâce à cette simplicité que l’organisation a réussi à mobiliser autant de personnes. L’attention a été tout du long concentrée autour du seul message ; pari réussi.

Et pourtant, il y a bien quelqu’un à l’origine de Nous Toutes, et elle s’appelle Caroline de Haas. Inconnue du grand public, de Haas est une militante féministe depuis la présidence de Nicolas Sarkozy. Elle est aussi la porte parole de l’association Osez le Féminisme ! (qui avait son propre cortège lors de la marche). Ancienne secrétaire générale de l’UNEF et militante au sein du Mouvement des Jeunes Socialistes puis du Parti Socialiste, elle devient en 2012 conseillère chargée des relations avec les associations et de la lutte contre les violences faites aux femmes au sein du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem. Mais ce n’est que depuis quelques jours que son nom est apparu dans le cadre de Nous Toutes, est c’est tant mieux. Le principal, ce n’est pas elle, mais bien son organisation.

La situation des femmes en France

Son organisation, Nous Toutes. Pourquoi Nous Toutes, d’ailleurs ? Parce que 100% des citoyen.ne.s sont atteints par la question des violences sexistes et sexuelles, directement ou indirectement. Et oui, l’heure des statistiques est venue. En France, une femme est violée toutes les quatre minutes. Cela fait plus de 680 femmes par jour. 1 jour sur 3, une femme est tuée en France par son partenaire. Une femme sur 10 en France sera violée dans sa vie. Ces chiffres sont alarmants. Mais j’entends déjà certain.e.s répondre que nous avons des lois contre les violences sexuelles en place, et qu’on ne peut rien faire de plus. Eh bien je suis là pour vous rappeler que ces lois ne fonctionnent pas. La preuve en chiffres : 3 agressions sexuelles sur 1 000 se soldent par une conviction (qui dans la grande majorité des cas se traduit par une peine de prison avec sursis). Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, les chiffres des violences faites aux femmes sont en hausse.

Le problème avec les statistiques, c’est qu’elles sont froides, éloignées. Elles peuvent nous choquer sur le moment, mais on les oublie vite, parce qu’elles sont abstraites. Une marche, c’est très concret. C’est humain. A Paris, nous étions entre 12 000 et 30 000 selon qu’on se fie aux chiffres de la police ou à ceux des organisatrices. Je ne saurais pas vous donner ma propre évaluation, mais ce que je peux vous dire, c’est que c’était incroyable, et que nous étions beaucoup. Beaucoup de femmes, et beaucoup d’hommes ! Beaucoup de jeunes, beaucoup de moins de jeunes, beaucoup d’enfants (et de chiens!). Beaucoup de slogans, beaucoup de pancartes, beaucoup de chansons, beaucoup de moments de silence aussi. Beaucoup de cortèges. Beaucoup de zones sans aucune affiliation (vraiment beaucoup). Beaucoup de Français, mais aussi beaucoup d’étrangers. Beaucoup de colère, beaucoup de sourires. Ensemble. Nous Toutes.

March
Plusieurs élèves du Master étaient présent.e.s à la marche

Couverture médiatique

Le plus grand rassemblement au nom des droits des femmes de l’Histoire de France. Et pourtant… les gilets jaunes. Quoiqu’on pense de ce mouvement de protestation, là n’est pas la question, et ce n’est pas eux à qui je m’adresse. (Je précise que quelques-uns se sont joints à la marche très pacifiquement.)

Je m’adresse à Le Monde, au Figaro, à TF1, à France 2, à France 3 et à tellement d’autres qui dans leur une mentionnent uniquement les gilets jaunes. Le plus grand rassemblement au nom des droits des femmes de l’Histoire de France. Et pourtant… la marche violette se retrouve au meilleur cas en troisième sujet, voire nulle part comme ça a été le cas dans journal du soir de France 3. Merci à Libération qui eux, ont mis la marche violette – un moment historique de l’histoire nationale – en une de leur journal.

Le plus grand rassemblement au nom des droits des femmes de l’Histoire de France. Et pourtant… quand Catherine de Haas est invitée le 24 novembre sur France Inter, voici les trois premières questions qui lui sont adressées après qu’elle a été présentée comme l’initiatrice « de l’autre manifestation de la journée » : « Compte tenu de l’actualité très jaune fluo avez-vous considéré de changer la date de votre rassemblement ? » (petit rappel : il avait été décidé que la marche aurait lieu le 24 depuis plusieurs mois, pour la simple raison que le 25 novembre est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes), « Avez-vous un crainte qu’une manifestation très visible, très fluo, mange la vôtre ? » et « Est-ce que vous vous reconnaissez dans les messages qu’envoient ces gilet jaunes ? ».

Le plus grand rassemblement au nom des droits des femmes de l’Histoire de France. Et pourtant… Caroline de Haas l’a très bien expliqué : « Quand on milite sur les violences on se rend compte qu’il y a toujours des sujets plus importants qui arrivent. Les violences se retrouvent toujours au second plan. Les violences que subissent les femmes et les enfants dans notre pays c’est un peu la dernière roue du carrosse. »

Nous toutes les Européennes

Pour terminer sur une note positive – parce que cette journée était évidemment une magnifique journée – nous n’étions pas les seul.e.s en Europe à marcher à l’occasion de ce week end contre les violences faites aux femmes. En Italie, plusieurs milliers de personnes ont marché sous la pluie à Rome à l’initiative de l’association Non Una di Meno (Pas une de moins), et on lâché dans le ciel 160 ballons roses, soit le nombre de femmes tuées depuis le 1er janvier 2018 en Italie. En Espagne, plusieurs rassemblements ont un lieu : une marche avec des centaines de féministes s’est déplacée dans le centre de Madrid samedi soir, et des rassemblements ont eu lieu à nouveau le lendemain dans la capitale espagnole, ainsi que dans une dizaine d’autres villes. En Suisse, des centaines de femmes ont marché sous le slogan « Bats le pavé, pas ta femme ». A Athènes aussi, le centre a été occupé par des centaines de manifestant.e.s.

Les mouvements féministes se multiplient partout, en Europe et au-delà, plus d’un an après la vague Me Too. Je vous avais prévenu.e.s dans mon dernier article : « From now on, there is no shutting us up ».

Léonor Guénoun

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