L’Union Européenne connaît depuis 2010 une indéniable augmentation des flux migratoires dont elle est la destination. En 2015, le pic est atteint avec l’arrivée de plus d’un million de migrants. Les pays européens ont depuis dû s’adapter pour faire face à cette situation et certains d’entre eux, comme l’Italie, ont récemment décidé de fermer leurs portes aux migrants. Cela explique que les flux se soient déplacés, majoritairement vers l’Espagne. Entre changement de gouvernement et approche des élections européennes, l’utilisation de termes tels que la « crise migratoire » n’est pas innocente face aux enjeux politiques actuels.

Peut-on parler de « crise migratoire » ?

Selon l’Organisation Mondiale pour les Migrations (OIM), les arrivées de migrants en Espagne ont augmenté de près de 200% entre 2017 et 2018, pour atteindre près de 37 000 depuis janvier. Cette année, l’Espagne est devenue la principale destination migratoire en Europe, prenant la place de l’Italie et de la Grèce, pays qui demeurent néanmoins des lieux privilégiés en matière de venues de migrants.

S’il est vrai qu’actuellement, l’Espagne fait face à des arrivées plus nombreuses qu’auparavant, les chiffres sont à relativiser par rapport à ceux de 2015. Le Commissaire européen aux migrations Dimitris Avramopoulos s’est exprimé sur le sujet début août, en affirmant que pour le moment, l’Espagne ne connaissait pas une crise migratoire à proprement parler. Ses propos ont été appuyés par le directeur de Frontex Fabrice Leggeri trois semaines plus tard.

La désinformation : contexte propice pour déstabiliser le gouvernement espagnol

D’après une enquête de l’Eurobaromètre en 2017, 74% des espagnols disent être mal informés à propos de l’immigration et de l’intégration. On assiste donc à une méconnaissance de la réalité des migrants en Espagne, face à laquelle deux camps s’opposent.

D’un côté, le socialiste Pedro Sánchez – arrivé au pouvoir le 2 juin dernier – qui a intégré le groupe des pays européens qui cherchent une solution consensuelle face à l’arrivée de migrants et qui a décidé, une semaine après son investiture, d’accueillir l’Aquarius et ses 650 migrants au port de Valence. Ses réunions avec des leaders européens tels qu’Emmanuel Macron ou Angela Merkel ont conforté sa prise de position solidaire.

Face à lui, l’opposition espagnole, qui a durci son discours face à la gestion nationale et européenne des arrivées. Le Parti Populaire (PP) et Ciudadanos ont tous deux souligné l’effet « appel d’air » qu’aurait provoqué Sánchez en acceptant d’accueillir l’Aquarius et l’accuse du manque d’organisation dans la gestion des migrants. Ces partis, ainsi que différents médias, utilisent volontiers l’expression « crise migratoire » comme arme politique destinée à déstabiliser le gouvernement espagnol.

L’Espagne en faveur de l’Union Européenne : oui mais jusqu’à quand ?

L’Espagne a toujours fortement aidé les pays les plus affectés par ces arrivées de migrants en Europe. Contributions financières, envoi d’experts aux autorités italiennes et grecques, lutte contre les réseaux de passeurs en Afrique … les exemples ne manquent pas. C’est pourquoi l’Espagne attend beaucoup en retour de l’Union Européenne et des autres Etats membres. Dimitris Avramopoulos a d’ailleurs annoncé une augmentation des fonds destinés à une meilleure gestion de la question migratoire en Espagne, mais cette décision d’augmentation budgétaire n’a pas été prise uniquement pour le seul motif économique.

En effet, l’arrivée récente du nouveau dirigeant du PP Pablo Casados a semé la panique au sein de la Commission Européenne : ses discours font référence par exemple à l’arrivée de « millions de migrants » et de tels propos ont vocation à attiser la crainte des espagnols. De plus, il faut souligner que le nationalisme n’a pas totalement disparu en Espagne. La VOX, parti espagnol d’extrême droite dirigé par Santiago Abascal, compte bien sur cette année de triple élections (municipales, régionales et européennes) pour prendre de l’ampleur et tenter de gagner des sièges.

Le thème migratoire est donc bien ancré dans le débat politique actuel et est devenu un facteur qui fait gagner ou perdre des voix. Au vu de l’ampleur de l’investissement des partis nationalistes dans ces prochaines élections, on voit que ces derniers ont compris comment tirer parti de ce qu’ils appellent la « crise migratoire ».

Emilie Le Barbanchon 

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