Frappé par une crise économique et politique depuis près de cinq ans, le Venezuela a connu un début d’année agité et sanglant. De nombreuses manifestations ont eu lieu dans tout le pays pour marquer une opposition farouche au président Nicolas Maduro et à la politique chaviste. Retour sur les origines de la fracture.

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Manifestation anti-Maduro à Carracas dès septembre 2016

Un facteur économique

Le Venezuela est le pays qui possède les plus importantes réserves de pétrole d’Amérique du Sud. Depuis les années 1990 et l’arrivée au pouvoir du célèbre dirigeant socialiste Hugo Chavez, l’économie vénézuélienne s’est essentiellement bâtie sur cette ressource qui lui a permis de devenir le pays le plus riche d’Amérique latine. Mais ce modèle économique s’est avéré fragile. Le manque de diversification économique n’a pas permis au gouvernement de faire face à la baisse des prix du pétrole qui a eu un impact sévère sur les conditions de vie des citoyens depuis 2014. Sans les bénéfices de l’exportation pétrolière le Venezuela ne peut plus se permettre de maintenir ses importations au même niveau. A cela s’ajoute une inflation structurelle de 15 à 20% qui entraîne une surévaluation du Bolivar par rapport au Dollar et une asphyxie des productions locales. Cette inflation est attendue à un niveau record de 720% pour la fin de l’année 2017. En conséquence, le Venezuela souffre de graves pénuries depuis 3 ans. Des denrées de base telles que le pain ou les produits d’hygiène ne sont accessibles qu’au prix d’attentes interminables pour les citoyens, 35 heures par semaine environ selon Le Monde. Cette situation économique est notamment ce qui est reproché au président actuel, Nicolas Maduro, qui a pris la tête du pays un mois après le décès de Chavez en 2013.

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Le président de la République bolivarienne du Vénézuela, Nicolas Maduro. 

La crise politique

Les manifestants expriment également leur colère contre un chef d’État qui semble vouloir capter tous les pouvoirs. En 2015, le parlement fut pour la première fois contrôlé par une majorité d’opposition non-chaviste. Sa première mesure a été de convoquer un référendum révocatoire contre Nicolas Maduro. Le pouvoir en place a empêché l’exécution de ce référendum en lançant des accusations de fraude, agitant d’autant plus les milieux militants d’opposition.

Le dernier événement qui a rajouté à l’instabilité économique et politique du pays fut une décision du Tribunal suprême de Justice, proche de l’exécutif en place. Il a tenté fin mars de retirer l’immunité parlementaire aux députés par le biais de deux sentences. Sous la pression populaire et le tollé international qu’elles ont entraînés, les sentences du Tribunal furent retirées, mais Henrique Capriles, le chef de l’opposition, parle encore de coup d’État. Ce dernier a été condamné à 15 ans d’inéligibilité par le pouvoir pour « actes de gestion illicites », ce qui représente pour les opposants au régime de Maduro une machination politique. En réaction « la mère de toutes les marches » s’est mise en place dans les rues vénézuéliennes le 19 avril dernier. Cette manifestation a représenét le point culminant de semaines de mobilisation pour l’opposition. Elle a porté à 27 le nombre de victimes des heurts entre manifestants et forces de l’ordre depuis le mois de février.

La politique sociale de Chavez, mise en place et révérée au début des années 2000, se trouve pour beaucoup dans une impasse depuis qu’elle n’est plus soutenue par les rentes du pétrole. En tant qu’héritier direct de cette politique, Maduro se trouve en danger pour les élections de 2018 où les Vénézuelien.ne.s seront appelés à s’exprimer sur la gestion du pays. Afin de se soustraire au suffrage universel qui lui semble déjà défavorable, Nicolas Maduro a lancé le projet de réviser la constitution, arguant qu’il n’y avait pas d’autre moyen d’enrayer « l’insurrection armée de l’opposition » qui tente de le chasser du pouvoir. Le mode de sélection des membres de cette assemblée constituante populaire est aussi controversé que l’idée même d’abroger la Constitution vénézuélienne dans un tel remous politique. Il n’y a pas de doute que les mobilisations de l’opposition se poursuivront à la fois pour éviter une telle mesure et pour protester contre des conditions de vie qui se détériorent depuis cinq ans.

Marie VILLETTE

 

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