Au lendemain du premier tour des élections présidentielles, le commissaire européen Pierre Moscovici a participé à une discussion afin d’explorer l’avenir de l’Europe et de la France dans ce contexte électoral. Organisée par le Master Affaires Européennes de l’université de la Sorbonne (Paris 4) en collaboration avec la Maison Heinrich Heine, cette discussion aura été l’occasion pour les jeunes d’échanger avec un commissaire européen.

La conférence, retransmise en direct grâce au Facebook live du MAES, était suivie d’un échange avec l’auditoire. L’Association du Master Affaires Européennes tenait à remercier la Maison Heinrich Heine pour non seulement leur avoir prêté la salle de conférence mais aussi pour leur aide précieuse dans l’organisation de l’événement. Pour en savoir plus sur le programme culturel de la Maison, vous pouvez aller voir leur site : Maison Heinrich Heine.

Un premier tour historique

Pour rappel, le second tour de la présidentielle se jouera entre le candidat d’En Marche, Emmanuel Macron, qui a obtenu 24,01% des voix lors du premier tour. Il affrontera la candidate d’extrême droite du Front National qui a obtenu 21%.

Pierre Moscovici, Commissaire Européen aux affaires économiques et monétaires, à la Fiscalité et à l’Union Douanière a débuté son intervention en qualifiant ce résultat d’ historique. C’est en effet la première fois dans l’histoire de la Vème République qu’aucun des deux partis politiques traditionnels (Parti Socialiste / Les Républicains) n’arrive à se qualifier pour le second tour de la présidentielle. Il parle même d’un “21 avril au carré” en faisant bien sûr référence aux élections présidentielles de 2002, où Jean Marie Le Pen, le père de la candidate d’extrême droite était qualifié pour le second tour.

[Note de la rédaction : La seule différence repose sur le fait qu’en 2002, la qualification de Le Pen avait été vécue comme un électrochoc, tandis qu’aujourd’hui en 2017, nous assistons à la banalisation du vote d’extrême droite]

Ce vote est donc significatif pour la France, ainsi que pour l’UE. En effet, ce 2ème tour oppose deux candidats complètement différents. Emmanuel Macron est clairement en faveur de la continuité européenne, tandis que la candidate d’extrême droite veut “la mort de l’Europe”.

Si Marine Le Pen échoue à cette élection, cela marquera un troisième coup d’arrêt consécutif pour l’extrême droite en Europe (en référence aux dernières élections en Autriche, aux Pays Bas)

Néanmoins, Monsieur Moscovici a rappelé, à juste titre, quelques préoccupations quant aux résultats de la candidate d’extrême droite ainsi que les conséquences qui en découleront. Le socle électoral de cette dernière  a progressé d’un million de voix, soit 4 points de plus par rapport à 2012. Ces résultats indiquent clairement une France divisée géographiquement ainsi que sociologiquement, avec l’apparition de quatre blocs de familles politiques (France insoumise, En Marche, Les Républicains,  le front national ). Le score du Parti Socialiste, historiquement bas, met en doute la capacité du Parti à se refonder et à se maintenir à l’avenir. La question du rassemblement, à tous les niveaux, est donc cruciale pour l’entre deux tours ainsi que pour le quinquennat à venir.

Le second tour offre une chance unique à la France de clarifier son image à l’international et surtout en Europe. Jusque là, la position française se résumait à des réformes, des déficits, des attentats, un pessimisme marqué par les populismes. Tous ces éléments traduisent une sorte d’essoufflement de la France pour laquelle il est temps de choisir une direction claire et surtout plus optimiste.

Monsieur Moscovici a rappelé que le programme économique de Marine Le Pen fragiliserait davantage les plus pauvres parmi notre société. Il voit dans le programme d’Emmanuel Macron des propositions beaucoup plus progressistes. Monsieur Moscovici explique également que cette élection n’est pas, comme certains l’affirment, le choix entre “le bien et le mal”, mais bien deux visions (très) différentes de la France et de l’Europe.

Ce qui ressort clairement de cette élection, c’est que la France a exprimé un souhait très fort de renouvellement, et ce sera également le cas au delà des élections présidentielles, puisque pour rappel, les citoyens français seront à nouveau appelés aux urnes dès le mois de juin pour les élections législatives. Cette demande de renouvellement ne concerne pas seulement la France mais également l’Europe. Mais ce renouveau doit bien entendu se faire sous le signe de la raison ainsi que de la lucidité. Comme l’affirme Monsieur Moscovici, “on peut et l’on doit être lucide quand on est pro européen”

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Comment améliorer l’UE ?

Selon le commissaire européen, l’Europe et son Union sont à un carrefour. L’année 2017 est une année électorale sans précédent pour les pays européens. Il y a eu les élections législatives au Pays Bas qui ont vu la victoire du libéral Mark Rutte sur le populisme. Il y a en ce moment les élections présidentielles en France, l’Allemagne quant à elle devra choisir un nouveau chancelier (ou chancelière), le Danemark doit aussi voter cette année, le Royaume Uni va voter de façon anticipée en juin et l’Italie votera début 2018. Ainsi, il va y avoir un renouvellement important des représentants politiques européens : c’est une “fenêtre d’opportunité” pour la construction européenne selon M. Moscovici. C’est surtout, pour lui, une fenêtre à ne pas rater. Même s’il est difficile de réformer maintenant, avec la plupart des pouvoirs en place ne sachant pas s’ils vont perdurer, mais il existe une réelle possibilité de réformer l’Union européenne.

“C’est pourquoi Jean-Claude Juncker tenait autant à publier un livre blanc pour les 60 ans du traité de Rome” affirme M. Moscovici. En effet, le président de la Commission a présenté début mars, un livre blanc sur le futur de l’Europe. M. Juncker voyait 5 scénarios possible à la future orientation de l’Union (pour plus d’informations voir l’article Jean-Claude Juncker dévoile son livre blanc sur l’avenir de l’Europe). Même si Pierre Moscovici en accord avec le président de la Commission préfèrerait voir le “grand saut” fédéral du 5e scénario devenir une réalité, il reste lucide et sait que ce n’est sûrement pas probable. Le compromis le plus souhaitable selon lui, serait une Europe à géométrie variable allant vers une Europe fédérale (mélangeant les scénarios 3 et 5 du livre blanc de 2017). Ainsi, les pays souhaitant aller plus loin dans l’intégration pourraient le faire, en espérant qu’à terme, tous les pays membres de l’UE les rejoignent.

« L’Europe ne convainc pas totalement, elle doit être capable de changer »

– Pierre Moscovici

Quant à lui, Pierre Moscovici préconise un changement sur trois aspects de l’UE: améliorer la protection des citoyens européen, démocratiser l’Union et dynamiser son économie. En effet, comme l’a dit M. Moscovici, “l’Europe ne convainc pas totalement, elle doit être capable de changer”.

Le besoin de protection s’impose devant la croissance de menace terroristes, il propose ainsi une meilleure sécurisation des frontières externes, certes, mais il accepte aussi le besoin d’adresser les inégalités liées à la mondialisation. C’est pourquoi une Europe sociale est nécessaire en commençant par une convergence en matière de droit sociaux. La démocratisation de l’Union passerait aussi par une amélioration de la communication et de la transparence de ses institutions. Le désir de reprendre le contrôle est présent chez les citoyens européens, il faut montrer aux eurosceptiques que cela est possible en restant au sein de l’Union. M. Moscovici rappelle : reprendre le contrôle est différent de partir de l’Union.

Enfin, la dynamisation de l’économie européen devrait passer impérativement par un remaniement de la zone euro qui protège mais ne dynamise pas. Cette redynamisation devrait aussi se faire grâce à une réduction des divergences entre les économies des différents pays membres en permettant une meilleure répartition de l’argent. Pour ce faire, un budget et une gouvernance de la zone euro contrôlée par le parlement seront nécessaires.

Ainsi, Pierre Moscovici reste optimiste que ce soit pour l’avenir de la France comme pour celui de l’Union européenne. Cette année est une année décisive, l’Union européenne va devoir s’adapter pour pouvoir survivre, car comme l’a déclaré Pierre. Moscovici: “Je n’abandonnerai pas l’idéal fédéraliste mais il faut avancer pragmatiquement. »

Lucie LECLERC-VASALLO et Jean LOISY

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