Voici le troisième et dernier article de cette série portant sur le débat inter-partis organisé par SciencesPo Paris et Alternatives Economiques. Il y était question des programmes économiques de cinq candidat.e.s à l’élection présidentielle : M. Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise), M. Benoît Hamon (Parti Socialiste), M. Emmanuel Macron (En Marche !), M. François Fillon (Les Républicains) et Mme Marine Le Pen (Front National). Après des questions sur les conséquences économiques d’une sortie de l’Union européenne et de l’euro, sur la suppression de postes de fonctionnaires et sur l’ISF, c’est désormais l’ubérisation du marché du travail qui est abordée.

Que comptez-vous faire pour les salariés face à l’ubérisation de l’offre ?

C’est M. Philippe Murer, représentant du Front National, qui engage le débat. Il découpe cette mutation du marché du travail en deux : d’un côté, il y a les plateformes collaboratives qui sont un véritable progrès, de l’autre les grandes sociétés comme Uber qui font des montages fiscaux pour ne pas payer d’impôts en France, ce qui est à corriger. Si Mme Marine Le Pen est élue Présidente de la République, ces sociétés, qui pratiquent l’optimisation fiscale, n’auront pas accès aux marchés publics. En ce qui concerne les indépendants, ces derniers ne doivent pas être « esclaves de plateformes ». Il y aura un Secrétariat d’État aux mutations économiques de créé, car actuellement l’État a un train de retard face au changement numérique. Il faut donc une institution solide qui soit au plus près des révolutions numériques. Enfin, le régime social des indépendants (RSI) doit être abrogé et les plateformes doivent payer une mutuelle.

La parole revient ensuite à M. Philippe Martin, pour En Marche !, qui tient à rappeler que les plateformes numériques ont permis de créer plus de vingt mille emplois sur les Voiture de Transport avec Chauffeur (VTC) en Île de France. Donc il ne faut pas de raccourcis simplistes qui aboutiraient à une abrogation totale des plateformes. A la place, il faut apporter des réponses, telle que l’assurance chômage universelle ou le système de retraite à points, qui permettraient de passer plus facilement du salariat au non-salariat. Il détaille ensuite le système de la retraite à points : chaque salarié.e accumulera des points, dont la valeur sera déterminée au moment où l’on prend sa retraite selon l’espérance de vie.

Selon Mme Julia Cagé, le Parti Socialiste part d’un constat simple : l’extrême fragilité qui touche les carrières professionnelles, beaucoup moins linéaires qu’auparavant. C’est pourquoi ils ont inscrit dans leur programme cette proposition ambitieuse : le revenu universel d’existence (RUE). Quoiqu’il arrive, 600 euros seront garantis chaque mois, pour répondre à la demande de protection sociale qui est extrêmement forte. Les pauvres sont enfermé.e.s dans des trappes de pauvreté et il faut rappeler que certaines personnes ne demandent pas le RSA, car elles considèrent la démarche trop humiliante. Le RUE permettra d’éviter ce genre de situation. Pour les travailleur.e.s Uber, le RUE donnera à chacun la possibilité de refuser les emplois qui ne sont pas suffisamment rémunérés. Ils pourront refuser les courses quand Uber ou les autres plateformes changent les tarifs à la baisse. En France, les salarié.e.s et les indépendant.e.s sont traité.e.s différemment, cela doit changer. Il faut un statut unique de l’actif.

M. Jacques Généreux détaille ensuite les propositions de la France Insoumise. Premièrement, il faut exposer au grand jour l’hypocrisie totale qui voudrait faire croire que les entreprises de type Uber sont en relation avec des entrepreneurs.ses. La plateforme a le monopole sur la clientèle et exploite les chauffeur.se.s. C’est Uber qui détermine leur rémunération dans ce rapport de force, qui exploite une situation de chômage de masse. Les conditions de fixation de rémunération doivent être réglementées. Les chauffeurs.ses doivent obtenir le statut de salarié.e.s, il faut leur donner des droits : droit au maintien du revenu par exemple. Il y a aussi la question d’optimisation fiscale à régler avec ces entreprises.

Enfin, M. Éric Woerth conclue cette table ronde avec le programme des Républicains. Comme les intervenant.e.s précédent.e.s, il admet que l’économie collaborative n’est pas la plus sympathique du monde. Toutes personnes travaillant doivent avoir des protections. Il faut faire évoluer le Code de travail. Le lien de subordination entre les chauffeurs.ses doit être considéré en tant que réalité, même quand ces dernier.e.s ne sont pas salarié.e.s. C’est aussi une économie déloyale, puisque les grandes entreprises ne payent pas d’impôts, alors que celles de tailles inférieures le font. Il faut repenser la manière dont le système fiscal est organisé, au niveau européen et du G20. Il faut les mêmes normes. Sur la retraite à points, M. Woerth répond « pourquoi pas, plus de portabilité », avant de préciser cependant que les points n’ont jamais rien réglé, surtout pas le financement. Enfin, il faut arrêter le RSI et protéger contre la perte d’emploi, notamment en créant une caisse de collecte en temps réel : une Caisse des indépendants.

En espérant que cette série d’articles vous aura apporté des précisions bienvenues sur le programme économique des cinq candidat.e.s représenté.e.s, il est important de remercier le BDE de SciencesPo ainsi que leur partenaire Alternatives Economiques, qui ont organisé cette conférence.

Audrey LAURENT

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