Voici le second article issu de la conférence organisée par SciencesPo Paris avec les représentant.e.s de M. Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise), M. Benoît Hamon (Parti Socialiste), M. Emmanuel Macron (En Marche !), M. François Fillon (Les Républicains) et Mme Marine Le Pen (Front National). Celle-ci portait sur les programmes économiques de ces candidat.e.s. Le premier article a abordé les conséquences pour l’économie française d’une sortie de l’Union européenne et de l’euro.

Ce deuxième article va se focaliser sur un volet de deux questions : la première portant sur le nombre de fonctionnaires et la seconde sur l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

Une réduction des fonctionnaires ?

Seul deux représentants ont été brièvement questionnés sur le nombre de fonctionnaires. En effet, M. Emmanuel Macron et M. François Fillon projettent tous les deux de réduire le nombre de fonctionnaires s’ils sont élus présidents, avec respectivement une suppression de 120 000 et 500 000 postes.

La parole est premièrement donnée à M. Éric Woerth, représentant des Républicains. Il avance l’argument de l’investissement en entreprise. Selon lui, plus l’on dépense sur le plan public, moins l’on peut dépenser dans les entreprises. Il faut s’assurer que les entreprises puissent investir et recruter. Ensuite, la modernisation de la fonction publique permettra de supprimer des postes devenus inutiles au fil de temps, ce qui n’aurait pas de conséquences sur l’efficacité des secteurs touchés. D’ores et déjà, il annonce que le médical et la défense ne seront pas parmi ceux-ci.

Au tour de M. Philippe Martin, représentant d’En Marche !, qui s’appuie lui aussi sur les avancées technologiques pour justifier la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires. Le numérique aidant à éliminer des procédures administratives, on peut avoir moins de personnel tout en faisant mieux les choses. « Nombre de réformes peuvent être faites, pour mettre les fonctionnaires là où on peut en mettre et en mettre moins ailleurs. »

L’ISF: à prendre ou à jeter ?

M. Philippe Murer, représentant du Front National, s’exprime sur le sujet en premier. Il admet que l’ISF n’est pas la priorité de son parti. Il n’exclue pas de le supprimer à terme, si la situation économique s’améliore, mais préfère pointer du doigt deux autres formes d’imposition : les impôts sur le revenu et sur les sociétés.

Mme Julia Cagé, représentante du Parti Socialiste, considère que la suppression de l’ISF serait une grave erreur économique. Elle dénonce la proposition de M. François Fillon, qui est d’augmenter la TVA de deux points tout en supprimant l’ISF. Le Parti Socialiste veut rétablir une justice fiscale lors du quinquennat de M. Benoît Hamon et remplacer la taxe foncière par un impôt plus progressif. Les niches fiscales de l’ISF seront également supprimées, ce qu’En Marche ! ne compte pas faire. De plus, il faut rappeler qu’en France, l’assiette et les recettes de l’ISF augmentent de 10% par an et rapporte 5 milliards, soit la somme investie en 2022 dans l’université si M. Benoît Hamon devient Président de la République. Il est plus important de dépenser là-dedans que de supprimer l’ISF.

M. Philippe Martin défend justement les propositions de son candidat : aujourd’hui, il y a une taxe sur le capital qui est autour de 50%, alors que la moyenne en est de 20/25% en Union européenne. Il souligne que pour produire, il faut du capital, et qu’il en existe deux types : le capital productif et le capital immobilier. L’immobilier n’est pas productif, mais de la nature de la rente. Il faut donc taxer davantage les revenus du capital immobilier et moins ceux du capital productif.

M. Jacques Généreux, le représentant de la France Insoumise, est en plein accord avec Mme Julia Cagé : « Il n’est pas question de supprimer l’ISF, il faut renforcer sa progressivité », c’est-à-dire le remonter sur les grosses fortunes et aller au-delà, notamment sur le patrimoine. Le mouvement de M. Jean-Luc Mélenchon veut en effet imposer des taxations supplémentaires sur les transactions immobilières. De plus, il y aura un renforcement de la progressivité sur les successions, jusqu’à un plafond représentant une somme héritée maximale (le chiffre donné à titre indicatif est de 33 millions d’euros). « La révolution fiscale passe par la mise à contribution des grosses fortunes ».

Enfin, le mot de la fin a été pour M. Eric Woerth, à qui la notion de fiscalité punitive ne plaît pas. La fiscalité doit financer et être neutre, la plus faible possible. En effet, avant de pouvoir redistribuer faut-il encore produire et investir. Ainsi, il faut supprimer les mauvais impôts.

Rendez-vous demain pour le troisième et dernier article, portant sur l’ubérisation du marché du travail.

Audrey LAURENT

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