La conférence de Yalta de 1945 avait officiellement pour but de sceller le sort de l’Europe au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Cette conférence, qui avait eu lieu entre les représentants de l’URSS (Joseph Staline), du Royaume-Uni (Winston Churchill) et des Etats-Unis (Franklin D. Roosevelt), a fêté ses 70 ans en février 2015. Cependant, pour les pays non conviés, celle-ci avait un tout autre enjeu, moins officiel : attribuer des zones d’influences aux différents protagonistes de Yalta.

Mais alors, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont-ils livré les pays de l’Europe de l’Est à la Russie lors de Yalta ?

Des historiens et politologues, comme Zbigniew Brzeziński1, affirment que le sort des pays de l’Est avait déjà été scellé lors de la conférence de Téhéran de 1943. Lors de Yalta, Churchill et Roosevelt auraient essayé de se rattraper en demandant la mise en place d’élections démocratiques (qui n’eurent d’ailleurs pas lieu). Cette attribution de “zones d’influence” fut un réel traumatisme pour la Pologne, qui avait déjà pressenti, à l’époque, une perte d’indépendance suite à la progression territoriale de la Russie.

67 ans plus tard, Vladimir Poutine émet l’hypothèse d’une seconde conférence Yalta lors d’un discours prononcé en février 2012 : une conférence Yalta 2.0.

Quels seraient les acteurs de ce Yalta 2.0 ?

La question des différents acteurs de cette réunion interétatique est importante car déterminante des enjeux et des conséquences de cette nouvelle conférence. Seules les grandes puissances seraient conviées or il est difficile de définir les critères qui composent une grande puissance : aspect économique, diplomatique, géographique, démographique… Les critères sont multiples et bien souvent subjectifs. De plus, les Etats-Unis, qui connaissent actuellement un déclin sur plusieurs aspects, méritent-ils toujours leur place ?

Le Royaume-Uni serait cette fois évincé au profit de la Chine devenue une grande puissance incontournable.

Cette dernière, qui tient à conserver son influence sur la zone pacifique, pourrait conclure un accord avec les Etats-Unis à ce sujet. La Russie, les Etats-Unis et la Chine aborderaient sûrement le sujet de l’Afrique, se la disputant comme des voisins se disputeraient des parcelles d’un jardin. L’Afrique pourrait néanmoins faire part de son désaccord, n’ayant pas envie de subir le même sort que les pays de l’Europe orientale en 1945. Le terrorisme et le sort des Etats dévastés par la présence de l’Etat Islamique seraient évidemment un sujet incontournable.

La grande absente de cette conférence, car non évoquée, serait l’Union Européenne. C’est un des pôles mondiaux majeurs à l’heure actuelle et elle ne peut se permettre de rester à l’écart si une telle conférence avait lieu. En revanche, elle pourrait être présente en temps qu’association politico-économique, c’est-à-dire représentée par un représentant européen et non par un ou deux pays membres. Toutefois, même s’il est difficilement imaginable qu’elle se voit attribuée une zone d’influence, une absence totale aurait des répercussions sur son avenir politique et commercial.

La crainte d’une nouvelle conférence Yalta plane, pourtant, des réunions entre puissants se font et ce depuis toujours (G20, G8…). Ces réunions, bien qu’abordant des thèmes spécifiques, peuvent être considérées comme des conférences Yalta à moindre échelle car une très grande majorité des pays sont mis à l’écart.

Anne Claire DEFRANCE

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