Mercredi 29 mars, s’est tenue une conférence organisée par le Bureau des Élèves dans les locaux de SciencesPo Paris en partenariat avec Alternatives Économiques et l’ADE. Cette conférence inter-partis avait pour objet de présenter via des réprésentant.e.s chaque programme économique des cinq principaux candidat.e.s à l’élection présidentielle française. Cet article est le premier d’une série de trois, chacun portant sur une des questions posées.

Quelles sont les conséquences d’une sortie de l’euro pour l’économie française ?

La parole est premièrement donnée à M. Philippe Murer, représentant du Front National, qui commence par expliquer qu’une sortie de l’Union européenne ne lui fait aucunement peur, puisque la France a vécu avec sa propre monnaie jusqu’en 2000 et que la plupart des pays ont actuellement leur propre devise. Si le chemin a été fait dans un sens, il peut sans aucun mal être défait en sens inverse. Il ajoute qu’une sortie de l’euro provoquera un gain de compétitivité, dû au protectionnisme intelligent mis en place dès lors et aux accords bilatéraux conclus avec des partenaires européens. Enfin, M. Murer termine en qualifiant l’euro de « mort », et cite en exemple le refus de la Pologne et du Danemark de l’adopter.

M. Eric Woerth, représentant des Républicains, pense tout le contraire. Vu la conjoncture mondiale, la France ne peut se permettre de sortir de l’UE et espérer être une concurrence sérieuse à la Chine et aux États-Unis. Les conséquences directes d’un Frexit seraient une inflation galopante, une perte de pouvoir d’achat des épargnants, etc. M. Woerth « ne croit pas au protectionnisme », mais au contraire en l’UE et en une implication grandissante des États membres. Il souhaite de plus pouvoir être libéré de l’impérialisme américain juridique.

La parole est ensuite donnée à M. Philippe Martin, représentant d’En Marche ! – parti d’Emmanuel Macron, qui rappelle que la sortie de l’UE est un des enjeux cruciaux de ces élections. Il admet que les deux dernières crises financières ont été mal gérées institutionnellement, cependant il serait inconscient d’en provoquer une troisième avec un Frexit. Que se passerait-il en cas de sortie de l’UE ? Une « panique bancaire » de l’ampleur de celle que la Grèce a connue. Les épargnants se précipiteraient sur les distributeurs pour retirer du liquide. Il s’adresse alors directement à M. Murer : « Les dirigeants du FN interdiront-ils aux Français.es de retirer leur argent ? » M. Murer rétorque que tout le procédé a été pensé pour se faire sans à-coup, mais qu’effectivement, ils ne s’interdiront pas ce procédé s’il est nécessaire.

Mme Julia Cagé, représentante du Parti Socialiste, est d’accord avec M. Martin sur les conséquences d’une sortie de l’euro. Panique bancaire, dumping social et écologique, dévaluation, voici ce qui attend la France en cas de sortie. Cependant, elle déplore que les programmes des autres candidat.e.s n’aillent pas assez loin. Pour Benoît Hamon, c’est un devoir de constater qu’aujourd’hui la zone euro ne fonctionne pas. C’est d’une part une crise financière américaine qui fut importée, mais le comble est que les États-Unis se soit relevés avant l’UE. En cause ? L’austérité. Le PS propose ainsi un nouveau traité budgétaire de l’Union européenne, ainsi que la création d’un parlement de la zone euro. Il faut un impôt sur les sociétés commun à l’UE, ainsi qu’une mutualisation des dettes au niveau européen et un moratoire sur les dettes le temps de sortir l’Europe de l’austérité. Un dernier point : Benoît Hamon lancera une grande politique d’investissement pendant les deux premières années de son quinquennat, et s’autorisera de fait à dépasser les 3% de déficit public prévu dans le Pacte de stabilité européen.

« Notre projet n’est pas de sortir du projet européen, au contraire. »

-Jacques Généreux, pour la France Insoumise.

Le dernier représentant devant se prononcer sur cette question est l’économiste Jacques Généreux, pour la France Insoumise – le parti de Jean-Luc Mélenchon. Il débute en insistant que le projet de son candidat et celui du Front National n’ont rien en commun. En effet, la France Insoumise ne souhaite pas la sortie de l’Union européenne, ni de l’euro. « Notre projet n’est pas de sortir du projet européen, au contraire. » La montée des partis nationalistes, qui n’ont plus aucun projet européen, doit être contrée grâce à une nouvelle vision de l’Union européenne, fondée sur une politique de coopération.

Il dresse ensuite le portrait du système actuel de l’Union : les États ont été privés du taux de change, de la politique budgétaire, tout en subissant les contraintes sévères imposées par le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance. Le seul outil restant entre les mains des États est alors la concurrence fiscale et sociale. Quelle sont les solutions pour recréer une dynamique positive en Europe ? Une renégociation des traités est nécessaire pour que le dumping social et fiscal cesse. Est aussi nécessaire que la Banque centrale européenne obtienne les véritables pouvoirs d’une banque centrale, qui doit pouvoir prêter aux États. « Comment imposer la renégociation des traités ? » En établissant un rapport de force, grâce au poids de la France. Si elle sortait de la zone euro, cela provoquerait une disparition pure et simple de la zone euro, qui se solderait par la destruction de l’UE. La France Insoumise ne veut pas quitter l’UE, mais la sauver.

Audrey LAURENT

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