Dans un environnement stratégique de plus en plus instable, entre conflits aux portes de l’Europe et élection de Donald Trump aux États-Unis qui fait craindre une remise en question d’une partie de la sécurité internationale assurée par l’OTAN, la doctrine extérieure actualisée de l’Union européenne se présente comme un moyen potentiel de protéger les citoyens européens.

La SGUE : de quoi s’agit-il ?

La SGUE est un document de 42 pages rédigé par la Haute Représentante aux Affaires Étrangères et à la Politique de Sécurité, l’Italienne Federica Mogherini. Son adoption par le Conseil Européen, le 28 Juin 2016, a été relativement peu médiatisée au milieu du séisme politique provoqué par le Brexit quelques jours plus tôt. Il s’agit pourtant d’un dossier important, qui comporte une analyse exhaustive de la situation actuelle de l’environnement stratégique de l’Union Européenne, ainsi que la réponse qui devrait y être apportée.

Elle se distingue de la précédente Stratégie Européenne de Sécurité de 2003, qui indiquait « L’Europe n’a jamais été aussi prospère, aussi sûre, ni aussi libre. La violence de la première moitié du vingtième siècle a cédé la place à une période de paix et de stabilité sans précédent dans l’histoire européenne », alors même que venait de débuter la Guerre d’Irak qui a profondément désuni les États-Européens, et que les États-Unis se remettaient péniblement des attentats du 11 Septembre qui préfiguraient la problématique du terrorisme.

La nouvelle stratégie a donc pris en compte l’évolution de l’environnement géopolitique de l’UE afin de définir un certain nombre d’intérêts et de principes communs, tels que « favoriser la paix et la sécurité des citoyens sur son territoire » (ce qui passe par assurer le maintien de la paix en dehors de l’UE, en vertu du lien existant entre sécurité intérieure et extérieure), « accroître la prospérité de ses habitants », ou bien « favoriser la résilience de ses démocraties » (entendre par là leur retour à une situation prospère après un choc occasionné par des violences ou un conflit).

De la même manière, elle fixe également plusieurs priorités à son action extérieure, dont la plus fondamentale est « la sécurité de l’Union », ce qui montre un recentrage sur ses intérêts propres. Sont identifiées ici un ensemble de menaces visant les citoyens de l’UE, tels que le terrorisme, la cyber-sécurité, l’instabilité économique ou bien encore le changement climatique. Dans le même temps, la politique extérieure de l’UE devient marquée par le soutien à la « résilience de l’État et de la société » ainsi que par une « approche intégrée des conflits » : il s’agit ici de faire usage de son soft power, c’est-à-dire miser sur l’exemplarité de l’Union, et soutenir le développement des pays voisins d’un point de vue socio-économique, de façon à éviter les conflits. L’adjectif « global », utilisé pour qualifier la nouvelle stratégie, fait d’ailleurs référence à la multiplicité d’outils disponibles pour atteindre ses objectifs : on ne parle pas seulement de capacités militaires mais également de promouvoir le développement durable, les droits de l’Homme, etc…

Federica Mogherini
Federica Mogherini, Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

La mise en œuvre de la stratégie

Il est difficile pour l’heure de juger de l’efficacité d’une telle stratégie, en raison de son caractère très récent : de nombreux documents officiels relatifs à son application ont effectivement vu le jour (déclaration conjointe de l’UE et de l’OTAN, plan de mise en œuvre sur la sécurité et la défense), mais la plupart d’entre eux se révèlent imprécis et consensuels.

En effet, la SGUE, bien que revêtant une certaine importance sur le plan symbolique, n’est pour l’instant qu’un document de réflexion qui synthétise la pensée politique du moment et qui doit, en outre, composer avec la position particulière de chaque État, et donc avec la vision pacifiste ou neutraliste des uns, réaliste et engagée des autres… Il ne peut y avoir de réflexion stratégique sans vision commune, or c’est ce qu’il manque pour l’instant à l’Union Européenne, dont les différentes capitales sont divisées sur de nombreux points. Ces divergences touchent de nombreux sujets allant des priorités géographiques, à la sécurité extérieure en passant par le problème du partage du financement des opérations. Des rapports rendus par différents Think Tanks soulignent d’ailleurs qu’il serait naïf de s’attendre à une avancée soudaine dans le processus d’intégration du système de défense européen, en raison de l’existence de ces divergences.

Pour autant, des mesures concrètes devraient voir le jour rapidement, en vue du rapport de mise en œuvre de la SGUE attendu pour juin 2017. Le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a notamment annoncé, dans son discours sur l’état de l’Union du 24 septembre dernier, sa volonté de créer un fonds pour la défense européenne. Celui-ci comprendrait un volet « Recherche » (en matière de défense) représentant un budget de 90 millions d’euros à utiliser entre 2017 et 2019, qui, s’il s’avérait fructueux, deviendrait un investissement annuel de 500 millions d’euros à partir de 2020, et un volet « Capacités » visant à harmoniser les contributions nationales en termes de défense.

Une difficulté subsiste cependant : tous les États doivent s’impliquer pour mener ces travaux à bien, et il y a un risque que tout s’arrête avec les élections présidentielles françaises et les élections fédérales allemandes en septembre, si les partis d’extrême droite devaient arriver au pouvoir. Or, la France et l’Allemagne sont les deux principaux pays qui poussent à relancer cette Europe de la défense.

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Vers une autonomie stratégique de l’Union Européenne?

En termes de sécurité et défense, il semble y avoir une fracture entre le plan de coopération approfondi entre l’UE et l’OTAN, qui vise notamment à éviter les duplications d’équipements et donc les dépenses inutiles, et les perspectives d’avenir de ces deux entités.

Cela est illustré par les déclarations récentes de Donald Trump, qui a jugé l’organisation « obsolète » parce qu’elle a été créée il y a de nombreuses années et n’est selon lui plus en phase avec les défis contemporains. Les dirigeants européens ont vivement réagi à ces propos en se recentrant sur l’Europe, François Hollande affirmant que « l’Europe sera toujours prête à poursuivre la coopération Transatlantique, mais elle se déterminera en fonction de ses intérêts et ses valeurs et n’a pas besoin de conseils extérieurs pour lui dire ce qu’elle a à faire » alors qu’Angela Merkel a expliqué « Nous, les Européens, avons notre destin entre nos propres mains. Je vais continuer à m’engager pour que les 27 États membres travaillent ensemble vers l’avenir ».

Le problème posé est que l’Europe est majoritairement défendue par l’OTAN (22 des 28 pays membres de l’Alliance font partie de l’Union européenne) alors même que l’ensemble des forces armées des pays européens ne représente que 10% des capacités militaires de l’OTAN, les 90% restants venant majoritairement des États-Unis et de la Turquie. La représentation des intérêts européens est donc moindre. Pour autant, la population européenne considère de moins en moins que Washington doive jouer un rôle de leader mondial.

Ainsi, l’élection de Trump peut être perçue comme une réelle opportunité pour l’Union européenne de jouer un rôle accru sur la scène internationale, si elle parvient à assumer un vrai leadership dans le domaine de la sécurité et la défense, et à homogénéiser les budgets et forces militaires de ses États membres. De fait, la France est pour l’instant la principale puissance militaire avec 10.3% de la force militaire de la région, suivie du Royaume-Uni avec 7.5%, qui ne sera bientôt plus membre de l’Union…

L’Union européenne saura-t-elle, par le biais de sa Stratégie Globale, se montrer à la hauteur des enjeux sécuritaires auxquels elle fait face? Seul l’avenir -proche nous le dira.

Valérian MORILLAS

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