Le 25 mars 1957, la capitale italienne voit naître la Communauté Economique Européenne grâce au Traité de Rome, qui structure encore aujourd’hui l’Europe dans laquelle nous vivons et dont nous célébrons aujourd’hui les 60 ans. La République Fédérale d’Allemagne, La France, l’Italie ainsi que les pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas, ainsi que le Luxembourg) relancent ainsi le projet communautaire européen suite à l’échec du projet de la CED (La Communauté Européenne de la Défense, qui visait la création d’une armée européenne). Même si l’agenda est à la fête, le cœur n’y est pas vraiment. L’Union Européenne apparaît plus désunie que jamais.

Si l’Europe ne pouvait pas se construire à partir de la défense, elle se ferait sur la base d’un grand projet économique. Cependant dès l’instauration de la CEE, le Traité de Rome se verra déjà confronté à une certaine résistance qui perdure encore aujourd’hui. La vague populiste qui se déferle actuellement sur l’Europe vient en partie du doute du projet européen déjà présent à cette époque. A titre d’exemple, le Royaume Uni, pourtant à l’origine de l’Europe d’après-guerre, se méfie du projet continental et ne veut pas en faire partie. Il essaiera de créer un projet économique parallèle à la CEE, l’AELE qui se révèlera être un échec comparé à l’attractivité de la CEE et de ses succès.

Aux origines du Traité de Rome.

L’échec de la CED est encore présent dans tous les esprits. L’Europe doit donc réagir vite si elle ne veut pas se voir dissoudre dès les années 50

Jean Monet président de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier est particulièrement déçu par l’échec de la CED. Il va donc tenter de mobiliser les dirigeants français autour de son idée : construire l’Europe par des projets. Deux en particulier retiennent son attention :

Celui d’une Europe des transports et des infrastructures : le réseau routier français en 1955 est centralisé sur Paris. La France  n’a pas d’autoroutes, seulement des départementales, ce qui enclave de nombreuses régions française. Le besoin de développement est crucial pour la France.

Celui d’une Europe du nucléaire : en effet la France très pauvre en énergie à cette époque et donc a un besoin vital en énergie nucléaire. Ces 2 projets constituent pour Jean Monnet un moyen efficace de relancer la construction européenne.

La France n’est cependant pas la seule à vouloir dynamiser la construction européenne. Les Pays-Bas par le biais du diplomate et banquier Johan Willem Beyen vont proposer un projet encore plus révolutionnaire que celui de la France, qui ne va pas assez loin selon Beyen. Il souhaite une union douanière. A l’époque c’est révolutionnaire car une union douanière n’est pas une zone de libre-échange, qui existe déjà à l’époque avec le GATT. Beyen comprend l’avantage d’une union douanière par rapport à une zone de libre-échange, car les tarifs extérieurs communs existent par rapport à un pays tiers contrairement à la zone de libre-échange où les taux sont fixés librement. Beyen s’appuie sur un modèle existant : celui du Benelux, qui en 1944 forme une union douanière à la suite de la perte de son empire colonial.

Que contient le Traité de Rome ?

Il s’agit en réalité d’un traité qui réunit deux communautés (la CEE ainsi que la Communauté Européenne de l’Energie Atomique appelée Euratom). L’Europe est donc à la base un projet purement économique, la dimension politique n’est apparue que bien plus tard.

Le Traité de Rome a pour but de mettre en place une grande union douanière entre les différents pays membres européens. Cette union douanière se caractérise par quatre grandes libertés fondamentales : libre circulation des marchandises, des capitaux, des personnes ainsi que la liberté d’installation des entreprises partout en Europe. Le Traité de Rome a également pour but de mettre en place une véritable politique loyale de concurrence et ce en fixant des règles précises.

Le Traité de Rome vise également une élaboration de politiques communes dans plusieurs domaines différents, comme l’agriculture, les transports, le commerce). C’est sur la base des travaux du Traité de Rome que va apparaître la Politique Agricole Commune qui redistribue chaque année 7 milliards d’euros à l’agriculture européenne.

Le Traité de Rome donne également naissance à deux nouvelles institutions qui perdurent aujourd’hui : la Commission  Européenne ainsi que l’Assemblée Parlementaire qui deviendra le Parlement européen par la suite.

Le Traité de Rome : Et maintenant ?

Il est vrai que l’Union Européenne connaît actuellement une des crises les plus profondes qu’elle n’ait jamais connue, ce qui n’avait sans doute pas été prévue par ses fondateurs. Les partis d’extrême-droite prolifèrent et avec eux leurs idées à l’encontre même du projet européen qui est devenu un bouc émissaire idéal pour toutes les politiques souverainistes.

Le Terrorisme qui frappe l’Europe fragilise considérablement les acquis de la construction européenne. Le Brexit a également semé la pagaille en ouvrant la boîte de Pandore de la déconstruction européenne que l’on ne pensait pas réalisable.

Certes l’Europe semble affaiblie, et se voit même condamnée par certains.
Affaiblie ? Certes, mais cela ne l’empêche pas d’être résistante.

 Le peuple du « Vieux Continent » paraît beaucoup plus attaché à l’Europe par certains aspects. En témoigne par exemple le mouvement Pulse Of Europe qui, depuis peu, réunit chaque semaine dans plusieurs capitales européennes des sympathisants européens témoignant leur soutien à l’Europe, et ce dans un cadre de rassemblements pacifiques. L’Europe demeure donc dans l’inconscient de nombreux européens la garante de la paix ( pour rappel, l’Europe a reçu en 2012 le prix Nobel de la paix pour la plus longue période de paix après la Seconde Guerre Mondiale).

Les partis d’extrême-droite n’ont pour le moment toujours pas réussi à s’imposer comme des nouveaux leaders européens. En Autriche, Alexander Van der Bellen, candidat écologiste a su s’imposer face à son concurrent d’extrême droite Norbert Hoffer, pour les élections présidentielles.

Aux Pays Bas, le 15 mars 2017, le très décrié candidat Geert Willers n’a pas passé le premier tour des élections législatives néerlandaises alors que celui-ci était donné grand vainqueur par la presse.

En Allemagne, le parti de l’Alternative pour l’Allemagne se voit confronté à des difficultés internes qui le font reculer nettement dans les sondages. Pour autant la menace de l’extrême droite demeure réelle, mais pourrait peut-être perçu comme un électrochoc pouvant raviver la conscience européenne.

Le Traité de Rome est l’un des points de départ fondamentaux de la construction européenne. Il a permis la réalisation du marché commun qui aujourd’hui compte plus de 500 millions de consommateurs, ce qui en fait une puissance commerciale sérieuse face aux géants américains et chinois. Il serait maintenant temps pour l’Europe de dépasser réellement la dimension économique du projet européen afin d’arriver à une véritable Europe politique. Les différents dirigeants européens ont toujours favorisé la politique nationale au détriment de la construction européenne. Nos dirigeants ont en main les possibilités pour redonner un second souffle à l’Europe, il est temps maintenant de se mettre d’accord sur le sens que l’on veut donner à l’Union Européenne.

Bon anniversaire chère Europe !

Jean Loisy

Sources:

Crédits Photos : European Commission

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