L’Europe survivra-t-elle au départ de l’une de ses plus grandes puissances ? Depuis le 23 juin 2016, date à laquelle le peuple anglais a décidé de sortir de l’UE, le doute plane.

Malgré une analyse pessimiste de la situation actuelle, c’est empli d’un optimisme relatif que Marcel Grignard (président de Confrontations Europe), Jean Quatremer (journaliste français spécialiste des questions européennes), Guy Verhofstad (eurodéputé pour l’ADLE, parrain de la promotion 2017 du MAE), Olivier Campenon (président de la Chambre de commerce franco-britannique) et Nicholas Vinocur (journaliste américano-suédois correspondant de Politico à Paris) abordent le futur de cette Union européenne fracturée.

Retour sur la conférence annuelle organisée par les étudiants de deuxième année du Master Affaires Européennes de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV).

Le Brexit et la montée des populismes

C’est un retour vers l’individualisme qu’illustre le départ du Royaume Uni. Suite à l’ampleur de la crise économique qui secoue l’Europe depuis 2008, cette réaction paraît logique. Toutefois, cette montée de l’égocentrisme est aussi le résultat d’une crise politique à l’échelle nationale qui peut s’observer dans la plupart des États membres de l’UE.

Seulement il ne faut pas oublier, comme le dit Marcel Grignard, que la montée des populismes est principalement le résultat d’erreurs politiques perpétuées à l’échelle nationale. Bien entendu l’Europe garde une part de responsabilité de par son incapacité à réunir les citoyens qui la peuplent, mais elle est loin d’être la principale responsable. Ces erreurs politiques nationales demeurent, et permettent la progression de l’inégalité et de la précarité. Ensemble, ces deux données développent la peur de l’autre : un parfait engrais pour le développement de mouvements populistes. Or Mr Grignard reproche à l’Union européenne de se désintéresser de ces problématiques qui selon lui ne pourraient vraiment être adressées efficacement que par la communauté européenne dans son ensemble.

Pourquoi l’Union ne se dirige-t-elle pas naturellement vers un partage accru de ce genre de compétences ? Parce qu’il n’y a pas de volonté de la part des États comme de leurs dirigeants de défendre l’Union européenne et encore moins de la construire. Cependant, comme le déclare Jean Quatremer, les États restent présents à toutes les étapes du processus décisionnel de l’Union. Dans une très grande majorité des cas, ils en sont même les instigateurs. Cela crée une défiance de la part des citoyens envers les capacités de l’UE car, comme le dit Mr. Verhofstad, « c’est aux hommes politiques de créer des opinions publiques ».

« Les eurosceptiques ont tout à fait raison de critiquer l’Union »

– Guy Verhofstad, eurodéputé pour l’ADLE

Ainsi, Nicholas Vinocur voit la montée de l’euroscepticisme chez les jeunes, symptôme de la montée des populismes au niveau national, comme le rejet de l’Union telle qu’elle est de nos jours : une Europe rigide, se concentrant sur l’aspect économique, bien loin des préoccupations citoyennes. Olivier Campenon et Marcel Grignard vont même plus loin en voyant l’impulsion citoyenne comme indispensable au renouveau du projet européen. Car, selon eux, ce désir de changement ne viendra sûrement pas des hommes politiques nationaux, bien trop effrayés de perdre en pouvoir et en influence.

C’est pourquoi, tous les intervenants s’accordent pour dénoncer une Union européenne trop rigide qui s’éloigne de plus en plus des citoyens qu’elle est censée aider. Car, comme l’a dit Guy Verhofstad : « dans une certaine mesure les eurosceptiques ont tout à fait raison de critiquer l’Union ».

Tandis que le Brexit est la solution anglaise au dysfonctionnement de l’UE, Mr. Verhofstad préconise un renouveau de l’Union.

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Marcel Grignard, Jean Quatremer, Guy Verhhofstad, Olivier Campenon et Nicholas Vinocur en train d’argumenter sur l’avenir de l’Europe à la conférence annuelle du MAE

Le Brexit et une Europe à plusieurs vitesses

La France et l’Allemagne préfèrent la troisième piste de réflexion exposée dans le livre blanc de Jean Claude Juncker : la réinvention de l’UE par le développement d’une Europe à plusieurs vitesses (vous pouvez lire cet article pour avoir plus de détails sur le livre blanc de Juncker). Car il ne faut pas oublier que « l’Europe a de l’avenir mais il faut sans doute poser le bon diagnostic », selon les mots de Mr. Grignard.

Seulement cette Europe à plusieurs vitesses existe déjà, elle a même été instaurée par les Anglais. En effet, peu de temps après son intégration au projet européen en 1973, le Royaume Uni demandait déjà un statut particulier en ce qui concernait sa participation au budget européen. Une possibilité de coopération approfondie avec un pays hors UE est même inscrite dans l’article 217 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, comme le rappelle Mr. Verhosfstad.

« On en a marre d’entendre ce qui est compliqué en Europe »

-Nicholas Vinocur, correspondant de Politico à Paris

Ainsi, selon Mr. Quatremer, la réflexion devrait davantage se diriger vers les attentes des citoyens plutôt qu’autour de l’existence ou non d’une Europe à plusieurs vitesses qui de facto est déjà une réalité. Cette réalité s’explique pour Marcel Grignard par le fait qu’il est impossible de partager la souveraineté pour certains domaines. Pour ces compétences, les États membres ne peuvent pas être gérés par l’Union européenne. Cependant Mr. Verhofstad comme Mr. Quatremer observent que la plupart des domaines qui inquiètent les citoyens européens ne sont pas pris en charge par l’Union comme peuvent l’être la sécurité et la défense avec la lutte contre le terrorisme comme exemple frappant. Paradoxalement, alors que ce sont dans ces domaines là que les habitants de l’Union aimeraient voir se développer une coopération à plus grande échelle, peu d’initiatives sont prises à l’échelle nationale pour aller dans ce sens là. Le manque de compréhension de l’Union ainsi que bien souvent son absence des médias, participent au désamour européen observé. Nicholas Vinocur va même plus loin : « On en a marre d’entendre ce qui est compliqué en Europe ».

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que, selon les termes d’Olivier Campenon, « l’Europe que nous avons créé existe de façon profonde ! ». Cette profondeur a été révélée par le Brexit qui met en lumière les importantes avancées de l’Union, notamment en matière de commerce. En effet, le commerce à l’échelle européenne est tellement fluide qu’il va être complexe de démêler cela en l’espace de seulement deux ans, temps imparti aux négociations des termes du départ du Royaume Uni.

Le Brexit, et alors ?

Alors que Mr. Campenon comme Mr. Vinocur voient le Brexit comme un électrochoc nécessaire à la remise en question de la rigidité européenne, Jean Quatremer voit cette décision anglaise comme une continuité de la particularité du Royaume Uni. Devant une adhésion anglaise qui s’est faite presque à contre cœur, plus nourrie par un désir d’empêcher la création d’une puissance continentale que par conviction, le Brexit ne l’étonne pas. Le journaliste va même plus loin : « finalement la sortie de la Grande Bretagne de l’UE, on s’en fout ! ».

De toutes façons, les Anglais ne participent pas aux grandes politiques européennes, ainsi, leur départ ne modifiera pas l’équilibre interne de l’Union. Seuls les petits pays craignent une mise à l’écart d’une dynamique franco-allemande.

Mr. Vinocur, Mr. Grignard et Mr. Verhofstad eux aussi voient le Brexit comme une opportunité plus qu’un fardeau. C’est l’opportunité de se poser les bonnes questions pour aller de l’avant, même si Mr. Grignard déplore la nécessité d’une telle crise pour soulever ces raisonnements. En effet, les crises de l’UE mises en lumière par le Brexit ne sont pas apparues avec lui.

Tous s’accordent pour dire qu’il va rapidement falloir diriger les discussions au-delà du Brexit, il va falloir parler de cette confédération d’États nation dysfonctionnelle qui « décide trop tard de mesures trop faibles » comme le dit si bien Mr. Verhofstad.

Lucie Leclerc-Vasallo

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