Après des mois de protestation populaire, huit juges de la Cour constitutionnelle sud-coréenne ont validé vendredi 10 mars la destitution de la présidente en réponse aux accusations de corruption et de mysticisme dont elle faisait l’objet.

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Fille de l’ancien dictateur Park Chung-Hee qui gouverna la Corée du Sud de 1961 à 1979, Park Geun-hye a grandi dans la maison Bleue, le palais présidentiel séoulien. Elle devient cheffe du parti conservateur Saenuri à deux reprises (2004-2006 et 2011-2012) avant de remporter les élections présidentielles de 2013, devenant la première femme jamais élue à la tête de l’Etat. 

« Raspoutine »

La destitution de la présidente sud-coréenne fait suite au retrait de ses pouvoirs exécutifs par les parlementaires le 9 décembre 2016.  Ses liens avec madame Choi Soon-sil, une fille de chamane et prédicatrice proche de la présidente, sont à l’origine des soupçons d’ingérence dans les affaires de l’État. Choi Soon-sil, surnommée « Raspoutine » par la presse sud-coréenne, est accusée d’avoir usé de cette proximité et de son influence sur la présidente pour soutirer des pots-de-vin à de grands groupes industriels, une somme estimée à 62 millions d’euro. Devenue guide spirituelle de la présidente et organisatrice de rites chamaniques à la Maison Bleue, « Raspoutine » a ainsi eu accès à des documents classés confidentiels. La destitution de la présidente lui ôtant toute immunité, les deux femmes sont désormais susceptibles d’être mises en examen pour extorsion et abus de pouvoir. Mais les populations exigent également une enquête approfondie sur les liens entre l’Etat et les chaebol, ces conglomérats industriels multimillionnaires, Samsung en tête.

Une réorientation géopolitique ?

Ce scandale politique ajoute à l’instabilité régionale au coeur de laquelle se trouve le pays. Hésitant entre les options mutuellement exclusives de coopération approfondie avec les Etats-Unis ou de dialogue avec la Chine et la Corée du Nord, la Corée du Sud pourrait suivre une nouvelle orientation géopolitique après les élections. Séoul dispose en effet de 60 jours pour se doter d’un nouveau chef d’Etat et le parti conservateur, le plus enclin à collaborer avec Washington, sort très affaibli de cette affaire d’Etat. La gauche, plus hostile au déploiement d’antimissiles américains pouvant heurter leurs voisins chinois, est bien placée pour remporter ces élections et redéfinir la stratégie de défense du pays.

Marie VILLETTE

Pour aller plus loin :

« The Tumult in South-Corea », Editorial, The New York Times, 12.03.2017

Sung Il-kwon, « Révolution des bougies à Séoul », Le Monde Diplomatique, 12.03.2017

Vaulerin Arnaud, « Corée du Sud : ‘la princesse de glace’ détrônée », Libération, 10.03.2017

 

 

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