En France on parle de « couple » tandis qu’en Allemagne on utilise les termes « tandem » ou « partenariat » franco-allemand. Déjà une différence linguistique qui en dit beaucoup sur l’état de la relation des deux pays.

Le 27 février 2017, les étudiants en 1ère année de Master LEA Affaires Européennes de la Sorbonne ont organisé une conférence autour de la viabilité du couple franco-allemand avec pour invités Stephan Martens, professeur de civilisation allemande à l’Université Cergy Pontoise et chercheur associé au Centre d’Etudes des Relations Franco-Allemandes ( CERFA ), ainsi que Philippe Gustin, préfet et ancien ambassadeur de France en Roumanie. Les deux intervenants ont également publié ensemble #FranceAllemagne, Relancer le moteur de l’Europe (2016, Lemieux Editeur).   Cette rencontre a été l’occasion d’appréhender et de comprendre les relations franco-allemandes actuelles, notamment grâce aux deux conférenciers ainsi qu’aux questions posées par l’audience après le débat.

Les points de divergences de la relation franco-allemande

Dans un premier temps, les deux conférenciers ont, à juste titre, souligné la différence linguistique utilisée par les Allemands et les Français pour parler de leur partenaire respectif. Le terme français « couple » induit une dimension sacralisée de la relation franco-allemande avec une vision commune, tandis que les Allemands qualifient cette relation de « tandem » ou de « partenariat ». Cette différence linguistique souligne un paradoxe de la relation franco-allemande. Les deux pays, deux anciens rivaux qui ont finalement eu l’occasion de se réconcilier après la seconde Guerre Mondiale, et qui ont scellé leur « amitié » avec le traité de l’Elysée de 1963 n’arrivent pourtant pas à se mettre d’accord sur de nombreux sujets.

La relation franco-allemande est certes nécessaire, voire indispensable. Cependant il n y a jamais eu d’attraction réciproque spontanée de la part des deux acteurs concernés : ainsi la crise actuelle que traverse l’Union Européenne traduit la faiblesse intrinsèque de la France et de l’Allemagne. En réalité ce prétendu  « couple » résulte de l’évolution de la Guerre Froide ainsi que du poids des réalités géostratégiques.

Il est important de rappeler que l’Europe est à sa création un projet de coopération purement économique. La dimension politique n’est intervenue que tardivement. Or c’est le problème de l’Europe et du moteur franco-allemand. La dimension économique ne suffit plus, il faut rajouter une réelle volonté politique. L’Europe a été beaucoup trop utilisée par ses dirigeants à des fins de politiques internes. Il est temps, notamment pour le « moteur » franco-allemand, de se poser les bonnes questions sur le lien qui les unit ainsi que de réfléchir au sens qu’il veut lui donner.

Au début de la construction européenne, la France voulait assurer sa place dans la structure diplomatique mondiale tandis que l’Allemagne voulait tourner la page du nazisme. De même la France a très souvent mené une politique interventionniste tandis que l’Allemagne avait une vision plus ordolibérale.

Il y a une volonté réelle de faire fonctionner le moteur franco-allemand mais cette volonté est affaiblie par le manque d’initiatives. Il y a eu le traité de l’Elysée en 1963 et depuis rien.

Les défis du moteur franco-allemand 

Le refus français en 2005 au sujet de l’élaboration d’une constitution européenne a déjà fragilisé le moteur franco-allemand et la construction européenne. De nombreux éléments sont venus perturber cette relation déjà tangible :

  • Le Terrorisme qui a frappé et la France et l’Allemagne depuis l’année 2015
  • Le Brexit qui a ouvert la boite de Pandore de la déconstruction européenne et qui a permis de concrétiser une réalité que l’on ne pensait pas possible : sortir de l’Union Européenne
  • La crise des réfugiés qui n’est pas absolument pas comparable en France et en Allemagne. En Septembre 2015, la chancelière allemande Angela Merkel a décidé d’ouvrir les frontières accueillant ainsi plus d’un million de réfugiés à partir de cette date-là. La France elle de son côté n’a pas été aussi accueillante et n’avait pas anticipé l’arrivée des réfugiés sur le sol français. Dans ce cas-là, la France et l’Allemagne devraient adopter une politique migratoire commune. Cette crise, d’ailleurs, souligne un autre paradoxe de l’Union Européenne : celle-ci perd de son attractivité auprès des Européens, alors que les migrants sont très attirés par l’Europe.
  • Le rôle de la Turquie avec le durcissement du régime du président Recep Erdogan après le putsch raté de l’été 2016 : le rôle de la Turquie inquiète beaucoup la France et l’Allemagne car les deux attendent beaucoup de la Turquie pour résoudre la question migratoire.
  • L’élection de Donald Trump et la remise en cause totale de l’équilibre mondial
  • Le problème russe avec le renforcement des tendances impérialistes de Poutine combinées à une faiblesse de l’économie russe. La Russie est évidemment liée aux crises syriennes et ukrainiennes dont les conséquences auront un impact sur l’Europe.
  • La montée du populisme et en particulier des partis d’extrême-droite comme le Front National ou l’Alternative Pour l’Allemagne (AfD)

Mais le moteur franco-allemand existe bel et bien.

Pour autant, dire qu’un moteur franco-allemand n’existe pas ou plus est erronée. Il existe, mais plus au niveau politique.  Ce moteur est en effet plus porté par la société civile elle-même que par les acteurs politiques en tant que tels. Et c’est là que le moteur franco-allemand peut être revigoré. Philippe Gustin ainsi que Stephan Martens ont tous les deux insisté sur différentes solutions efficaces : dans un premier temps favoriser les échanges et renforcer les structures franco-allemandes existantes (les programmes Abibac, les échanges scolaires, etc…). Il serait également intéressant que dans chacun des ministères de l’éducation en France et en Allemagne, il y ait un ministre chargé spécifiquement des affaires franco-allemandes en matière d’éducation. Il serait également bienvenu que les deux pays adoptent des positions convergentes en matière de politique fiscale et sociale. Entre autre, il serait souhaitable que les deux pays aient un siège commun au conseil de sécurité de l’ONU.

Le moteur franco-allemand a été et demeure un acteur incontournable de la construction européenne. Néanmoins il est vital de le revigorer mais également qu’il ne soit plus le seul moteur de cette Union Européenne. Enfin il est important de souligner que la société civile constitue la véritable force du moteur franco-allemand ainsi que de la société européenne en général.

Jean Loisy

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