De visite à Strasbourg, la promotion 2018 du Master Affaires Européennes de l’université de la Sorbonne en a profité pour rencontrer au Quartier général du corps d’armée Alfredo Ramírez, Général de corps d’armée espagnol chargé des Relations Publiques d’Eurocorps. Ce fut l’occasion de découvrir ce corps d’armée Européen peu connu du grand public et d’apprécier les enjeux qu’il devra affronter dans l’avenir.

Qu’est-ce qu’Eurocorps ?

Né des cendres de la Communauté européenne de défense, Eurocorps concrétise en 1992 un désir de paix et de coopération militaire. Sa création permet une collaboration européenne dans le cadre de la défense et de la sécurité. Cette initiative franco-allemande facilite aussi les échanges entre l’Union européenne (UE) et l’alliance atlantique. C’est cette double coopération qui explique la présence du Quartier général d’Eurocorps à Strasbourg, ville centrale quant aux institutions européennes mais aussi proche d’autres centres militaires de l’OTAN. Depuis 2009, le corps militaire s’est vu accorder un budget propre lui permettant de développer une capacité d’intervention autonome par rapport aux infrastructures et au matériel nécessaires pour les déploiements. Les pays participant à Eurocorps déploient une part de leur budget dédié à la défense pour participer au financement de l’initiative. En plus de se partager les frais, les 10 nations participant financièrement au Corps européen détachent du personnel militaire qui travaille pour ce dernier.

Composé de 6 nations cadres (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Luxembourg et Pologne) se répartissant les postes-clé du corps militaire ; et de 4 nations associées (Grèce, Italie, Roumanie et Turquie) ayant une influence moindre, l’Eurocorps intervient après consultation d’un Comité commun (composé des chefs d’état-major de la défense et des directeurs politiques du Ministère des Affaires étrangères de chacune de ces nations) pour l’ONU, l’UE, l’OTAN ou l’OSCE principalement. Ils effectuent des missions diverses et variées allant du maintien de la paix à des interventions dans des conflits de haute intensité.

Alfredo Ramírez fait état d’un corps militaire ayant adopté une approche dite compréhensive, comprenant que seule une intervention militaire ne suffit pas à résoudre un conflit. Ainsi, Eurocorps travaille avec des ONG sur certaines missions.

Les limites du Corps européen

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Alfredo Ramirez, Général de corps d’armée espagnol chargé des Relations Publiques (crédit photo: eurocorps.org)

Comme d’autres, Alfredo Ramírez voit le départ du Royaume Uni comme une opportunité pour un approfondissement de l’Union Européenne. En effet, depuis le début de la construction d’un projet européen, deux visions de celui-ci se sont affrontées : l’approche intergouvernmentaliste (ou inter-étatique) et l’approche fédéraliste. La première se traduit par une collaboration des états sans qu’une partie de leur souveraineté (pouvoir de décision) ne soit transféré à un niveau supérieur. L’approche fédéraliste elle, tente de construire une fédération soit un niveau au dessus des États : c’est un transfert de souveraineté quasi-complet. Or le Royaume Uni a toujours soutenu l’approche intergouvernementaliste. Cette tendance explique sa tardive entrée dans le projet européen (1973) et sa non-adoption de la monnaie unique. Ainsi, depuis quelques mois, la création d’une armée européenne est vue comme la cristallisation d’un transfert de souveraineté devenu désormais possible. Cette armée européenne symboliserait la capacité de l’UE d’aller de l’avant malgré la perte d’un pays moteur du projet européen, en faisant un enjeu particulièrement sensible.

La transformation d’Eurocorps en cette défense européenne serait techniquement faisable. En effet, Eurocorps ayant déjà prouvé sa capacité à fonctionner en combinant plusieurs nationalités, il serait simple d’inclure de nouveaux pays participants. Cependant, tous les pays qui composent l’UE faisant partie de l’OTAN, la création d’une armée européenne poserait des problèmes de concurrence similaires aux conflits d’intérêts empêchant l’UE d’intégrer le Conseil de l’Europe1.

Toutefois, Alfredo Ramírez ne voit pas la création d’une armée européenne comme une fin en soit. En effet, ne serait-ce qu’en existant, Eurocorps permet la défense d’intérêts différents de ceux de l’OTAN. L’intervention du Corps européen en Afrique alors que l’OTAN n’y est pas présent en est un exemple flagrant. Ainsi, la simple intégration d’autres États faisant partie de l’UE pourrait donner à Eurocorps plus d’influence pour défendre les intérêts militaires européens sans pour autant avoir besoin de créer une armée européenne de toutes pièces.

Lucie LECLERC-VASALLO

1 Pour en savoir plus, lisez notre article : Conseil de l’Europe et Union Européenne : deux approches pour une même Europe

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Un commentaire sur « Eurocorps, premier pas vers une armée européenne ? »

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