D’où viennent les bonnes idées ? Comment se fait-il qu’à un instant T une proposition émerge, qui semble évidente de simplicité ? C’est ce que l’on est en droit de se demander au regard de la proposition débattue début octobre au Parlement, d’offrir un pass interrail à tous les jeunes Européens pour leur 18e anniversaire.

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Une idée séduisante et consensuelle mais pas prioritaire en 2014

 Pour faire l’expérience de l’Europe dans sa richesse humaine et sa diversité, quoi de mieux que d’en prendre directement le pouls, de s’en imprégner directement à travers la nourriture, les odeurs et les langues, bref de la vivre ? C’est ce qu’entend Manfred Weber, Président du Parti populaire européen (dont est issu Juncker), lorsqu’il propose le 14 septembre 2016 : “il serait peut-être bon d’offrir à chaque jeune européen de 18 ans un ticket interrail afin qu’il puisse vivre cette Europe au quotidien pendant trois semaines.”.

 Ce sont deux jeunes Allemands, Vincent-Immanuel Herr et Martin Speer, qui seraient à l’origine de l’idée d’offrir un pass InterRail à tous les jeunes Européens. Ils contactent un eurodéputé socialiste hongrois, István Ujhelyi, en 2014, pour trouver du soutien à leur projet. L’idée fait son chemin au Parlement européen mais n’obtient alors pas l’aval de la Commission, qui ne juge pas l’idée prioritaire.

La Commission désire “soutenir davantage la mobilité des jeunes” en 2016

 Pourtant, en 2016, Manfred Weber évoque à nouveau l’idée, en la complétant : « Cette initiative va au-delà d’un pass gratuit offert aux jeunes de 18 ans. Elle pourrait entraîner d’autres actions et projets mis en place par les régions et villes européennes pour attirer ces jeunes.». István Ujhelyi renchérit quelques jours plus tard, le 19 septembre : « La viabilité d’un tel projet est examinée depuis un certain temps déjà. Plusieurs compagnies ferroviaires et associations ont été contactées pour des études de faisabilité dans le cadre d’un partenariat spécial entre les institutions européennes et le secteur du tourisme ».

L’idée est débattue au Parlement en séance plénière le 4 octobre 2016. Cette fois-ci, en période de polycrise (migratoire, économique, politique, d’identité), le son de cloche de la Commission diffère : « Cette idée plaît beaucoup à la Commission », assure la Commissaire au Transport, Violeta Bulc, car il s’agit d’un projet qui « recentre l’attention sur la jeunesse et facilite la mobilité des citoyens avec une faible émission de gaz à effet de serre ».

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crédit photo: http://www.samourai.fr

Une “étincelle pour rallumer la flamme” (M.Weber) ou un gadget ?

La commissaire au Transport réfléchirait à la mise en place d’une phase pilote restreinte pour juger de la faisabilité du projet. Une loterie, par exemple, ou des pass attribués en priorité aux jeunes volontaires pour participer au « corps européen de solidarité », annoncé en septembre par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission.

Par ailleurs, Malte, Chypre, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ne font pas partie du système InterRail, ce qui obligerait l’exécutif à étudier la meilleure option pour mettre en place le projet, tout en incluant tous les citoyens européens.

Une fausse bonne idée ?

Si l’idée est bonne, elle a un coût. Un pass InterRail coûte entre 200 et 480 euros pour un mois de voyage, et selon le PPE, environ 6 millions de jeunes Européens pourraient bénéficier de l’initiative chaque année. Pour financer le projet, la Commission devrait donc trouver entre 1,2 milliard et 2,88 milliards d’euros dans le budget de l’UE.

 A titre de comparaison, la Commission a récemment proposé de donner un coup de pouce supplémentaire de seulement 2 milliards d’euros au principal dispositif de l’UE destiné à lutter contre le chômage des jeunes,  : la « garantie pour la jeunesse ». Une partie des eurodéputés est donc convaincue qu’il s’agirait, avec ce pass interrail gratuit, de détourner les regards des vrais problèmes. Certains dénoncent une démarche hypocrite, qui ne servirait qu’à se donner du baume au cœur sans soigner le mal à la source.

Certes. Mais peut-on réellement blâmer la Commission pour la mise en place d’un moyen de transport utile pour les jeunes ?

Clémence MAYRAND-FREYNET

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