Ce 23 juin dernier, l’Europe a fait face à un bouleversement majeur de son histoire, le Brexit. Alors que les pays membres de l’Union Européenne apprennent cette séparation, les premières analyses mettent en lumière un autre divorce probable : celui de l’Ecosse et du Royaume-Uni. En effet, 62% des Ecossais ont voté en faveur du « Remain », espérant contrer l’élan britannique partisan du « Leave ». Devant une telle disparité, le débat sur l’indépendance du pays est immédiatement relancé.

160420_rd89u_nicola-sturgeon-ecosse_sn635
crédit photo: http://www.ici.radio-canada.ca

Sturgeon face à May : lutte pour la préservation des intérêts

Le 2 octobre, lors de la Conférence du Parti Conservateur, Theresa May, nouvelle leader du gouvernement britannique, annonce prendre en main la réalisation du Brexit. Elle promet l’invocation de l’article 50 du Traité de Lisbonne permettant à un Etat membre de quitter l’UE, avant le mois de mars 2017. Le 13 octobre, Nicola Sturgeon, première ministre indépendantiste écossaise, riposte en remettant l’indépendance écossaise sur le devant de la scène politique.

Elle profite du congrès du Scottish National Party pour annoncer son intention de présenter un nouveau projet de loi pour un référendum d’indépendance. « L’Écosse aura la possibilité de se prononcer à nouveau sur la question de l’indépendance, avant que le Royaume-Uni ne sorte de l’Union européenne, si cela s’avère nécessaire pour préserver nos intérêts », dit-elle, provoquant alors une explosion de joie des 3000 délégués de son parti, qui voient en cette annonce la renaissance d’un espoir déchu depuis 2014.

Quitter le Royaume-Uni pour mieux rester dans l’UE

L’échec du référendum sur l’indépendance de 2014 est encore dans les mémoires du parti indépendantiste écossais. L’organisation de ce scrutin historique, et l’effervescence qu’il avait provoqué, s’était soldé avec la victoire du « non » à 55%. Aujourd’hui, les chances de parvenir au divorce avec la couronne d’Angleterre semblent plus fortes. Le Brexit, qui forcerait l’Ecosse à sortir de l’UE contre son gré, apparait comme un argument décisif et suffisant pour ceux qui étaient réticents à sortir du Royaume-Uni en 2014. Pour Nicola Sturgeon, « Londres n’a pas le droit de sortir l’Ecosse de l’UE contre notre volonté ». L’Ecosse ne veut pas sortir de l’UE, pour des raisons économiques, mais aussi parce qu’elle a toujours été plus européenne que sa voisine l’Angleterre. Habituée à jongler entre l’identité écossaise et l’identité britannique, l’Ecosse n’a jamais eu de difficultés à adopter une troisième identité, celle de l’Europe.

dessin-humoristique-uk
crédit photo: http://www.confdelorientation.fr

La route vers l’indépendance est encore longue

Si le discours de Nicola Sturgeon laisse entendre que la voie vers l’indépendance est tracée, il n’en reste pas moins de nombreux obstacles à franchir. Avant tout, l’Ecosse doit obtenir un accord de Londres pour pouvoir organiser le référendum. Si Londres ne s’engage pas à reconnaitre l’indépendance en cas de victoire du « oui » au référendum, celui-ci n’aura aucune valeur. L’Ecosse doit aussi s’assurer qu’elle pourrait entrer dans l’UE en tant que pays indépendant sans devoir passer par une longue procédure d’intégration. Pour l’instant, rien ne permet de savoir si l’Ecosse bénéficierait d’un statut spécial pour intégrer rapidement l’Union, ou si elle devra attendre derrière la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro, qui sont actuellement en négociations.

Mais la première préoccupation de Nicola Sturgeon reste l’incertitude face à l’appui de la population. Un deuxième échec à une consultation sur l’indépendance serait catastrophique pour le parti indépendantiste. A ce propos, la dirigeante semble plutôt optimiste : « Je ne tiens rien pour acquis mais je suppose que le soutien de l’idée d’indépendance augmentera lorsqu’il sera clair que c’est le meilleur ou même le seul moyen de protéger nos intérêts ».

Pour Vivien Pertusot, responsable de l’Ifri à Bruxelles, l’annonce du référendum pourrait cependant cacher un souhait : celui de pouvoir faire pression dans les négociations que va mener Londres avec Bruxelles. « Si l’Écosse fait ce chantage au référendum, c’est d’abord pour se faire entendre à Londres », dit-il, car l’Ecosse veut être capable de défendre ses intérêts pour limiter les impacts du Brexit. La renaissance de l’indépendantisme écossais amène donc son lot d’incertitude. Ce qui n’est pas sans inquiétude pour le gouvernement britannique qui pourrait perdre son allié depuis plus de trois siècles.

Laetitia HUREZ

Sources:

Nicola Sturgeon au Congrès du Scottish National Party, 2016 (ANDY BUCHANAN / AFP)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s