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Crédits photo : lindependant.fr

Un droit inaliénable, le droit à l’avortement ? Pas pour toutes en Europe. Depuis qu’un projet de loi visant à rendre totalement illégale la pratique de l’avortement a été proposé en Pologne, toutes les femmes, d’Europe et d’ailleurs, reprennent le combat. Retour sur les évènements.

La situation en Pologne

Le 23 septembre dernier, les parlementaires polonais débattaient sur l’initiative populaire lancée par le comité « Stop Avortement », constitué de plusieurs associations pro-vie. Appuyée par plus de 500 000 signatures citoyennes, la proposition du comité consistait en l’interdiction totale de l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en Pologne – pays où la législation en vigueur sur l’IVG est pourtant déjà l’une des plus restrictives en Europe.

Depuis 1993, l’IVG n’est autorisée en Pologne que dans trois circonstances: en cas de danger pour la santé de la mère, en cas de malformation du fœtus et en cas d’inceste ou de viol. Dans ce pays aux valeurs traditionnelles catholiques très fortes, les conditions d’accès à l’avortement sont donc particulièrement strictes et encadrées.

Moins de 1000 avortements légaux sont pratiqués en Pologne chaque année, contre 100 000 en Europe. 

« Stop Avortement » est allé encore plus loin en proposant au Parlement polonais l’interdiction totale de l’IVG ainsi que la mise en place de peines de prison pour les femmes et les médecins ayant recours à cette pratique médicale. Saisis sur cette question sensible, les conservateurs au pouvoir ont commencé à étudier sérieusement le projet de loi, entraînant une vague de protestation féministe en Pologne et dans toute l’Europe.

Moins d’un millier d’avortements légaux sont pratiqués chaque année en Pologne, très loin derrière les plus de 100 000 recensés en Europe sur la même durée. Même dans les cas autorisés par la loi, certains médecins refusent la pratique, préférant sauver leur bonne conscience ou rester fidèles à leurs convictions catholiques. La Cour européenne des droits de l’homme avait d’ailleurs condamné la Pologne à deux reprises, en 2007 et en 2012, estimant que les avortements dans les cas autorisés par la loi devaient être pratiqués par ces mêmes médecins, et qu’il était du devoir de l’Etat de faire en sorte que ce droit soit respecté. Dans les hôpitaux du pays, très peu d’informations sur les procédures d’avortement légal sont mises à la disposition des patientes.

Face à de tels obstacles, les Polonaises se voient souvent contraintes de faire du « tourisme médical » en Slovaquie ou en République Tchèque, où l’IVG est plus accessible et surtout beaucoup moins coûteuse.

« Black Protest »

Le 3 octobre dernier, des milliers de femmes ont répondu à l’appel des organisations féministes de faire grève pour protester contre le projet de loi d’interdiction totale de l’avortement en Pologne. Elle se sont rendues devant le siège du parti au pouvoir, le PiS, vêtues de noir et munies d’un cintre –symbole de l’avortement clandestin– crier leur colère contre une loi qu’elles jugent « barbare ».

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Crédits photo : lemonde.fr

Si le nombre de manifestantes a été plus faible que ne l’espéraient les associations féministes, les participantes n’en étaient pas moins déterminées. Il faut dire que la Pologne, à la différence de la France, n’a pas une culture de la grève très développée. Beaucoup d’entre elles ont dû prendre un jour de congé pour venir manifester. Peu importe, tant que leur voix est entendue.

Peu importent aussi les intempéries, le froid et les menaces des associations « pro-vie ». « Il y a des droits pour lesquelles il faut se battre, au risque de revenir à l’âge de pierre », confie une manifestante .

Les autres, celles qui ne pouvaient se rendre devant le Parlement polonais pour montrer leur fureur, ont manifesté en silence, en se rendant au travail ou à l’université habillées de noir. D’autres encore ont boycotté leurs tâches quotidiennes.

« #CzarnyProtest » : une médiatisation sans précédent.

Krystyna Janda, comédienne à l’origine de la manifestation, a emboîté le pas aux Islandaises en proposant une démarche d’initiative citoyenne. Effectivement, en 1975, soutenues par les mouvements féministes, les femmes de cette petite île septentrionale avaient également fait grève pour obtenir la reconnaissance de leurs droits.

Et si le pays n’a pas été paralysé par une foule de femmes hurlant leur rage de se voir priver du droit de posséder leur corps, la Pologne a tout de même été montrée du doigt par toutes les autres nations européennes. Et c’est bien là que les femmes l’ont emporté. Les médias de tous horizons ont défendu les manifestantes bec et ongles, s’élevant contre une décision d’un autre âge.

La mobilisation a même dépassé les frontières polonaises : des rassemblements ont eu lieu devant les ambassades polonaises de Bruxelles, Paris ou Berlin.

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Crédits photo : lemonde.fr

Une stratégie payante

Et cela s’est avéré payant. Le gouvernement, acculé de toutes parts, a fini par faire machine arrière. Le 5 octobre, le Parlement Européen a mis en place un débat sur le droit des femmes en Pologne, sans vote de résolution. Suite à la forte médiatisation des manifestations polonaises en faveur des droits des femmes, les députés du Parlement européen se sont également exprimés sur le sujet et ont réaffirmé leur volonté de respecter le droit à l’IVG lors d’un débat à Strasbourg.

Plusieurs eurodéputées ont d’ailleurs fait part de leur incompréhension, regrettant de constater que la pratique de l’avortement – que l’on pense essentiellement acquise en Europe – fait encore débat de nos jours. La députée socialiste espagnole Iratxe Garcia Perez a notamment marqué l’assemblée ce jour-là en prononçant cette phrase cinglante mais lourde de sens : « Peut-on accepter au XXIème siècle que les filles aient moins de droits que leurs mères ? »

Le PiS a répondu à cela en dénonçant un « vote de compromission », priant le Parlement de bien vouloir retourner à ses activités bruxelloises.

En effet, le PiS ne s’avoue pas vaincu pour autant. Interrogé par une radio polonaise à propos de la manifestation du 3 octobre, le ministre des affaires étrangères, Witold Waszczykowski, a déclaré en parlant des manifestantes : « Qu’elles s’amusent ! », provoquant l’indignation de l’opposition.

Si les Polonaises ont gagné une bataille, elles sont encore loin d’avoir gagné la guerre.

Virginie CARDOSO et Chloé LOURENÇO

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