En 2016, les référendums dans l’Union européenne se sont multipliés : les Pays-Bas, le Royaume-Uni et récemment la Hongrie ont eu recours à cet outil politique. Et ce sont surtout les partis populistes européens qui revendiquent de plus en plus cette « consultation du peuple ». Quelle est la raison derrière ce développement ?

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Crédit photo : Alternatives-économiques

Un accord parfait? 

A première vue les résultats semblent clairs et parler d’eux-mêmes. 51,9 % des Anglais veulent quitter l’UE, 61 % des Néerlandais ne veulent pas d’accord d’association avec l’Ukraine et 98 % des Hongrois sont contre le quota des réfugiés de l’UE. C’est du moins ce qu’on lit le plus souvent dans les articles de presse. Pour les populistes, ces résultats, apparemment évidents, sont une vraie aubaine car ils soulignent à chaque fois leurs propos et vont dans leur sens.

Mais si on regarde de plus près ces chiffres les choses se compliquent. Prenons l’exemple du vote du Brexit. Le taux de participation au référendum était de 72,2 %. Cela signifie donc que 33.551.983 personnes sur 46.500.001 ont voté. Mais seulement 51,9 % de ces 33.551.983 ont s’exprimé pour le Brexit, c’est-à-dire exactement 17.410.742 personnes. Et ces personnes représentent seulement 37,5 % des 46.500.001 personnes autorisées à voter au Royaume-Uni. Conclusion : après ces petits calculs il devient évident qu’uniquement 37,5 % des Anglais ont formellement voté pour le Brexit.

Ailleurs en Europe

Il est de même pour les autres référendums. Au Pays-Bas seulement 19,5 % (sic) des personnes aptes à voter ont donné leur voix contre l’accord avec l’Ukraine. Et en Hongrie, malgré les 98 % du début, on ne retrouve finalement que 39,7 % de personnes qui se sont exprimés contre l’accueil des réfugiés. Il est donc légitime de poser la question suivante : Que vaut véritablement un référendum ?

Dans l’histoire des référendums en Europe il y a surtout un contre-exemple qui prouve que dans leur globalité les référendums ne sont pas à condamner. Il s’agit du vote au Danemark en 1972 pour l’adhésion à l’UE. La participation a été de 90,1 % (du jamais vu quasiment, de nos jours). Et 63,3 % de ces participants ont voté pour l’adhésion. Après nos petits calculs cela signifie qu’en fait 56,6 % des Danois voulaient vraiment faire partie de l’UE. Conclusion : Si la participation est assez haute (de préférence plus de 90 %), alors il est de plus en plus probable que le « peuple » ait véritablement pu s’exprimer. Mais une limite de participation fixée à 30 % (aux Pays-Bas) ou 50 % (en Hongrie) n’est tout simplement pas suffisante.

Les citoyens raisonnables ne se déplacent pas lors de ces pseudo-référendums car ils savent qu’il s’agit d’une farce.

C’est exactement à ce moment-là où l’instrument du référendum devient intéressant pour les populistes. Sous prétexte de vouloir plus de démocratie et être plus proche des citoyens, ils prônent ce type de démocratie directe. Sauf que ce qu’on oublie souvent, c’est qu’en même temps ils instrumentalisent le peuple lors de ces référendums. Le meilleur exemple est la Hongrie où Victor Orbán a mené une véritable compagne de haine et d’incitation à la violence. Et il a si bien réussi que des Hongrois ont agressé d’autres Hongrois du simple fait qu’ils ne soient pas allés voter. Et en effet, les citoyens raisonnables ne se déplacent pas lors de ces pseudo-référendums car ils savent qu’il s’agit d’une farce. C’est pourquoi le taux de participation aux Pays-Bas (32,28 %) et en Hongrie (43,3 %) a été aussi bas.

Le meilleur pour la fin : même la France n’est pas à l’abri de ces référendums. Celui sur la constitution européenne en 2005 par exemple en dit long. Après les calculs vus en haut ce n’est pas plus de 54,67 % de la population qui a voté contre, mais seulement 36,9 %. Et tout le monde se rappelle de cette campagne toujours oscillant entre mensonge et vérité… Et si Nicolas Sarkozy propose à la veille de la primaire des Républicains des référendums sur le regroupement familial et sur l’incarcération des « fichés S » il est dangereusement proche du raisonnement populiste et calcul politique d’un Victor Orbán. Les référendums ne sont que rarement pour le peuple et beaucoup plus souvent pour celui qui l’incite.

Référendums populistes : allez plutôt à la pêche! 

Il faut en tirer deux leçons : le taux de participation minimum doit être significativement élevé (de préférence à 80 voir 90 %) et les citoyens qui ont le droit de vote doivent prendre leurs responsabilités et aller voter s’il s’agit d’un référendum sérieux et fondamental. Toutefois, ils peuvent rester tranquillement à la maison sur leur canapé en regardant Netflix si c’est un populiste qui s’apprête à mobiliser pour un référendum avec lequel il veut seulement diviser et troubler le pays.

Adrian GMELCH

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