Ce 16 septembre, les 27 chefs d’Etats et de gouvernements se sont retrouvés à Bratislava en Slovaquie pour participer à un sommet européen informel. Ce premier sommet européen depuis le choc du référendum britannique était crucial pour déterminer le futur de l’Union européenne et son fonctionnement sans la Grande Bretagne.

2016-09-15t144110z_478214681_d1beublocsab_rtrmadp_3_eu-summit-britain-eu_0
crédits photos : http://www.rfi.fr

Les thèmes qui figuraient au programme de ce sommet étaient l’immigration et son corollaire : l’avenir de la zone Schengen, particulièrement la défense de cette zone contre le terrorisme. La politique d’accueil des réfugiés d’Angela Merkel est très critiquée. La situation économique de la zone euro, notamment de la Grèce et du Portugal, apparaît comme un sujet crucial nécessitant des réformes. Le sujet de la popularité des partis populistes à travers l’Europe inquiète, surtout au vu des prochaines élections en Allemagne et en France. Les résultats électoraux pourraient, de même qu’en Grande-Bretagne, être eurosceptiques.

Durant le sommet de Bratislava, l’Union Européenne s’est donnée un agenda jusqu’au 60ème anniversaire du Traité de Rome (1957) en mars prochain. Pour l’évènement, la communauté européenne se doit de marquer le coup avec probablement des réformes et surtout des résultats. Le problème est que rien ne peut vraiment commencer tant que Theresa May, chef du gouvernement britannique, n’a pas entamé la procédure pour quitter l’Union Européenne.

Ne pas décevoir les Britanniques… ni les Européens!

Les Etats-membres ne veulent pas de nouveau provoquer la déception des citoyens européens ou des Britanniques, qui sont encore leurs alliés et partenaires pour les deux prochaines années (durée de la procédure). Aucun nouveau conflit avec la population ou les Britanniques ne devait arriver. Il n’est donc pas surprenant que peu de mesures concrètes aient été décidées. La situation est donc délicate. Mais l’opportunité est à ne pas manquer : le Brexit est une occasion exceptionnelle de continuer l’intégration européenne.

Malgré leur volonté d’apparaître uni lors du sommet de Bratislava, les Etats-membres ne sont pas parvenus à s’entendre sur la question de l’immigration.  D’un côté se tenaient la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la République Tchèque, de l’autre l’Allemagne. Le sujet de dissension reste le même : les pays du Visegrad ne veulent pas accueillir de réfugiés.

Migrants et divisions

Beaucoup de chefs de gouvernements ont clairement fait comprendre que la crise des migrants était pour eux le plus gros problème. Ils considèrent la politique d’Angela Merkel d’ouverture des frontières du printemps 2015 comme étant une faute importante, de la même manière que les opposants en Allemagne de la chancelière. Le plus virulent de ces opposants est Horst Seehofer, dirigeant du parti CSU. Le Premier Ministre slovaque Robert Fico s’est exprimé en faveur d’un renforcement de la politique migratoire et intérieure. « Je ferai surveiller tous les musulmans du pays » a-t-il annoncé lors du sommet. Mais si d’une part une infime partie des migrants est potentiellement terroriste, l’amalgame entre terrorisme et islam ne peut pas et ne doit pas être fait.

Cela dit, le gouvernement fédéral allemand a compris qu’un changement de système était indispensable. Avec le soutien des pays du Visegrad, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque, il a proposé un nouveau concept. Au lieu des quotas fixes et non-négociables de Bruxelles, il y aurait une « solidarité flexible », c’est-à-dire que les pays refusant d’accueillir des migrants s’engageraient d’une autre manière. Soit en allouant des policiers pour sécuriser les frontières européennes, soit en donnant plus pour le programme d’aide aux pays africains en voie de développement…

Cette proposition est à l’antithèse de l’ancienne politique migratoire d’Angela Merkel. Elle traduit selon moi la pression des autres Etats-membres sur la chancelière et le mécontentement provoqué par sa politique d’accueil. Elle correspond aussi à un changement de mentalité de l’Allemagne : la politique d’accueil allemande n’existe plus, étouffée par les 1,5 millions de migrants arrivés alors que le pays n’était pas préparé à de tels nombres.

Ainsi, les 27 chefs d’Etats et de gouvernements ont promis dans le « Bratislava Roadmap » de ne plus jamais revenir à un flux incontrôlé de migrants comme celui de l’année dernière. Ils ont jusqu’à l’anniversaire du Traité de Rome en mars pour trouver ce qui ne fonctionne pas dans l’Union Européenne. Les propositions concrètes de ce « Bratislava Roadmap » doivent prouver aux citoyens européens que l’Union Européenne tient ses promesses. Il s’agit d’avoir des frontières plus sûres, de prévenir les attaques terroristes, de relancer la croissance en zone euro. « La promesse de prospérité de l’Union européenne n’est actuellement pas tenue » a dit la chancelière allemande lors du sommet.

Jean-Claude Juncker, a fait savoir lors du sommet de Bratislava qu’une aide financière de minimum 108 millions d’euros serait débloquée.

Un objectif clairement énoncé lors du sommet

L’objectif est clair : il s’agit de prévenir de nouvelles sorties de l’Union et de couper l’herbe sous le pied des partis populistes qui reprochent à l’Europe d’aggraver les économies nationales.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a fait savoir lors du sommet de Bratislava qu’une aide financière de minimum 108 millions d’euros (mais si possible plutôt 160 millions d’euros) serait débloquée. Cette somme serait allouée à la Bulgarie pour la sécurisation de la frontière bulgaro-turque. C’est selon Victor Orban, le Premier Ministre hongrois, le seul succès du sommet.

Le président français François Hollande a exprimé le souhait que l’Union Européenne entreprenne de gérer seule la défense de ses frontières, sans l’aide ni des USA ni de l’OTAN. Les Britanniques avaient en effet toujours utilisé leur véto face aux tentatives d’une politique de sécurité européenne plus approfondie. Le Brexit pourrait alors être une chance pour poursuivre l’intégration européenne.

La question économique n’a pas été du tout discutée pendant le sommet. Cela est dû aux différences d’opinions entre nord et sud, surtout entre l’Allemagne d’un côté et la Grèce et le Portugal de l’autre. Le premier pays a une économie florissante et soutient une politique d’austérité. Les seconds connaissent actuellement de fortes difficultés économiques et préconisent une politique de relance.

Mais si tôt après le choc du Brexit, l’Union Européenne ne peut pas apparaître si divisée, et la question a été mise de côté. Le Premier Ministre Italien Matteo Renzi a clairement fait savoir son mécontentement. Il a exprimé avoir le sentiment que l’Italie était seule désormais face à la crise migratoire. En effet, maintenant la route des Balkans est fermée et l’accord avec la Turquie régule l’arrivée de nouveaux migrants. Les migrants passent donc désormais par la Lybie et de là prennent la mer pour arriver en Sicile et en Italie du Sud. Mais le pays étant dépourvu des structures pour accueillir les réfugiés et les recenser, ces derniers sont recrutés entre autres par la mafia. Cela pose donc un gros problème de banditisme en Europe, avec une multiplication des nombres qu’il faut absolument endiguer.

Cette problématique de l’Italie n’a pas été évoquée pendant le sommet. En représailles, Matteo Renzi a décliné l’invitation à la conférence franco-allemande, bien qu’il y ait été invité. Pendant cette conférence franco-allemande, les deux chefs d’Etats ont parlé d’une « période décisive pour l’Union Européenne » et de l’importance de montrer « que l’Allemagne et la France veulent participer ensemble au succès de l’Europe ».

sommet-de-lue-a-bratislava-le-16-septembre-2016
crédits photo : blancheeurope.com

Angela Merkel en perte d’influence? 

En conclusion, il a été clair pendant le sommet de Bratislava que la politique d’accueil a coûté beaucoup d’influence en Europe à la chancelière. Bien sûr, l’Allemagne n’est pas un Etat-membre de second rang en Europe, grâce à sa prédominance économique. Mais tout ne tourne plus autour d’Angela Merkel et de l’Allemagne, contrairement à ce qui s’est passé lors des sauvetages à répétition de l’euro ou lors des négociations avec la Turquie.

Enfin, la scission entre les points de vue est forte. Angela Merkel a décrit le sommet comme un exemple « de l’esprit coopératif », mais Matteo Renzi l’a qualifié de « trop petit pas en avant, beaucoup trop petit ». La chancelière apparaît très optimiste face aux quelques résultats du sommet, qui arrivent après une longue période de stagnation pour l’Union Européenne. L’Europe a un futur rempli de possibilités. Mais il n’est pas sûr que ces dernières deviennent réalité. Le couple franco-allemand est apparu bien seul lors de la conférence, et l’impression que j’en retire est celle d’une Europe divisée qui s’essaye au fonctionnement à 27.

Le couple franco-allemand ne suffit plus pour être moteur d’une Europe à 27 membres. Il est bon que les pays de l’est se fassent entendre et proposent leurs propres solutions, aux dépends d’une politique bruxelloise (et allemande) qui ne leur convient pas. Ainsi, le soi-disant « déficit démocratique » du processus européen s’en trouve réduit et la légitimité européenne est renforcée.

Les premiers signes de vie de l’Europe après l’amputation annoncée par le Brexit sont insuffisants, mais positifs : changement de stratégie, mesures concrètes et expression d’opinions contraires. Encore un effort, les 27 !

Émilie BLIECK

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s