Depuis des années la France occupe la première place en Europe en ce qui concerne le taux de fécondité – ses femmes sont perçues comme des « championnes de la fécondité européenne » tandis que les femmes allemandes stagnent à la 17ème place. Qu’est-ce que cela révèle-t-il sur les deux pays voisins ?

1,47. C’est le nombre d’enfants par femme en Allemagne en 2014. Ce chiffre a légèrement augmenté (en 2010 il a été de 1,39) mais reste inquiétant et sous la moyenne de l’UE (1,58). En France cependant le taux de fécondité est depuis 2006 plutôt stable autour de 2 enfants par femme (-0,02/+0,03) ce qui fait prédire aux chercheurs que le nombre d’habitants en France atteindra 73,6 millions en 2060 (INSEE), alors que celui de l’Allemagne baissera significativement à environ 67,6 à 73,1 millions (Statistisches Bundesamt). Il y a forcément des éléments qui expliquent cette différence entre ces deux pays centraux de l’UE. Mais lesquels ?

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D’abord, il est flagrant de voir qu’en 2012 68 % des femmes en Allemagne travaillaient contre seulement 60 % en France (OCDE), alors qu’il y avait en 2005 seulement une différence d’ 1 % entre les deux pays (59,6% pour l’Allemagne et 58,4 % pour la France). Cette évolution rapide en Allemagne s’explique notamment par l’augmentation du travail à mi-temps (pour les femmes) et au repart plus tardif à la retraite. C’est cette priorité accordée au travail qui expliquent le décalage de fécondité. En soi ce n’est pas un problème, car aussi en France les femmes aiment leur travail mais pourtant elles donnent naissance à des enfants. C’est ici qu’intervient la politique familiale française : c’est elle qui permet que la femme s’arrête que quelques mois de travailler. Une bonne cohabitation entre la vie familiale et le travail à temps plein est le résultat. Même si les neufs premiers mois en 2015 les naissances en France ont reculé de 2,75 % et des politiques ont identifié comme responsable la nouvelle politique du gouvernement, le modèle fonctionne toujours aussi bien. Les débats en Allemagne sur ce modèle « made in France » sont fréquents et la politique essaie de changer les choses (notamment avec une augmentation du nombre des crèches et en créant un congé parental) mais n’y arrive que partiellement.

En France, « il existe dans notre pays l’idée qu’une femme ou un homme sans enfant(s) n’aurait pas totalement réussi sa vie ».

Une autre raison pour ce décalage est de nature culturelle. Dans certains milieux en Allemagne les enfants sont vu comme un « renoncement à la prospérité » et aussi plus récemment à « sa liberté » de jeune femme. Par ailleurs, les femmes allemandes ne font souvent qu’un enfant. Les familles avec un seul enfant sont donc très nombreuses et largement devant les familles avec plusieurs enfants. D’après François Héran, ancien directeur de l’Institut national d’études démographiques, la culture en France y est opposée : « il existe dans notre pays l’idée qu’une femme ou un homme sans enfant(s) n’aurait pas totalement réussi sa vie ». En ce sens la France est un pays qui est « kinderfreundlich » (c.à.d. qui aime les enfants). Un mot que la société allemande devrait reprendre dans son champ lexical familiale car l’immigration seul ne permettra pas d’éviter la chute démographique.

Adrian GMELCH

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