L’été 2016 a connu des soubresauts entre le Brexit et l’assassinat de la députée britannique, le sommet de Varsovie ou encore l’Apple Tax. Sans doute José Manuel Barroso pensait-il passer inaperçu pour entrer dans les filets de la banque américaine, Goldman Sachs. Il n’en fut rien !

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Crédits photos: http://www.larevuedudigital.com

En apparence, rien de bien outrecuidant… Un emploi à la banque n’est pas un crime en soi. Si ce n’est le fait que Barroso lui-même n’est rien d’autre que le prédécesseur de Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne et donc qu’il a droit à une sécurité pécuniaire des plus confortables pour le restant de sa vie ; si ce n’est que la firme bancaire susmentionnée a falsifié les chiffres économiques de la Grèce dans le but de la faire entrer dans l’eurozone, avant de laisser le peuple helléniste s’embourber dans une crise financière sans fin ; si ce n’est que l’UE souffre elle-même d’une réputation de système bureaucratique sans foi ni loi et éloignée du bien-être commun, tout cela contredit les valeurs européennes que Barroso est censé incarner.

Comment diable peut-on oser se servir dans l’ouaille de la sulfureuse banque américaine dans de pareilles conditions ? Jean Quatremer (le correspondant européen pour Libération), lapidaire, l’a taclé à travers un article intitulé « Un bras d’honneur à l’UE ». Barroso se met en pâture tel le héraut d’un cynisme sans limite face à une critique unanime quant à son action des plus inélégantes qui soient.

La polémique était plus criante en France et au Portugal

Qu’on se le tienne pour dit : il n’est absolument pas extraordinaire ni même scandaleux de voir un ancien politique se reconvertir dans le privé et qu’il en tire des sommes mirobolantes. Après tout, les stratèges et experts européens ont bien le droit de quitter leurs fonctions publiques et de gagner leur pain dans le privé. Cette transition est nécessaire –dans les deux sens- puisqu’elle permet de renouveler la caste politique. C’est d’ailleurs pour cette raison que la polémique était plus criante en France (pays où l’on fait partie de la vie politique de l’ENA jusqu’à ce que mort s’ensuive) et au Portugal (qui a beaucoup souffert de la crise économique et dont Barroso était leur ancien Premier Ministre), puisque le reste des pays membres de l’UE a tout au plus haussé les épaules devant l’attitude corruptible de Barroso.

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En revanche, les fonctionnaires de l’UE et tous ceux qui sont liés par les affaires européennes ont été indignés, et ce à juste titre, car cela jette l’opprobre sur une Europe dont les valeurs sont résolument humanistes et intègres. Certes, Barroso a respecté la clause qui veut qu’il se tienne éloigné deux ans durant du chant des sirènes du lobbying histoire de ne pas offrir la part belle aux requins de la scène européenne en ouvrant d’office son carnet d’adresse sitôt descendu du 13ème étage de Berlaymont. Et c’est là que le bât blesse : que ce soit deux ou dix ans plus tard, le fait de s’allier à une banque dont la nocive réputation au sein de l’UE n’est plus à faire est peu digne d’un ancien président de la Commission européenne. A l’heure où le Brexit marque la rupture entre le peuple et les élites et où tous les partis nationalistes européens se frottent les mains à la moindre faille de l’UE, ce pacte du diable est la dernière chose que le projet européen pouvait se permettre de supporter. Des milliers de personnes travaillent dans les couloirs du Parlement, de la Commission et des nombreuses autres institutions européennes avec l’ambition de participer à une société européenne toujours plus performante et protectrice de ses citoyens. Ce sont souvent des individus qualifiés, qui se sont fait une haute idée de l’engagement européen et se battent avec ardeur contre le souverainisme ambiant qui nuit les échanges. Barroso n’étant que la face visible de l’iceberg, il manque profondément de considération envers ceux qui font tourner l’univers caché du système européen.

C’est pourquoi ces mêmes fonctionnaires de l’UE et toute personne investie un tant soit peu dans l’UE refusent de se laisser entacher par l’ancien président de la Commission, qui n’a finalement fait qu’affaiblir l’influence de l’UE au profit des égoïsmes nationaux durant sa décennie de présidence. Nous ne pouvons pas empêcher Goldman Sachs de recruter qui bon leur semble… Mais nous pouvons soumettre l’idée d’engager des mesures fortes et exemplaires contre Barroso, acte rendu possible par une pétition signée à 135 808 (au moment où j’écris ces lignes) sur les 150 000 requises, disponible sur change.org. Je vous invite vivement à lire cette pétition, qui argumente parfaitement la raison et la nécessité de telles mesures, dont notamment : « Tout ancien membre est tenu de respecter ses devoirs d’honnêteté et de délicatesse visés à l’article 245 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), même à l’expiration de la période de dix-huit mois après la cessation des fonctions. »

Claire CAMBIER

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