Plus d’un demi-siècle de construction européenne qui s’effondre. 51,9% des électeurs britanniques ont voté pour le Brexit et décidé de quitter l’UE. Mais qu’en est-il des autres?

Andrew Malem, lecteur à l’université de Limoges, et Danielle Haywood, étudiante  du MAE à Paris ont accepté de répondre à quelques questions.

Qu’est-ce que l’Europe pour toi ?

Andrew: « Pour moi, l’Europe représente la liberté de se déplacer, la liberté de voyager, d’étudier dans 28 pays de l’UE.
Je crois en l’UE, je crois dans le projet européen, même s’il n’est pas parfait. »

Dani: « Pour moi, l’Europe est avant tout la paix. Elle combine l’esprit et la volonté de travailler ensemble, même si parfois cela s’avère difficile. »

Qu’est-ce que tu penses du Brexit ?

Dani: « J’ai honnêtement honte de mon pays, mais j’avais peur que cela se termine comme cela.  L’UE a été depuis beaucoup trop longtemps un bouc émissaire pour les problèmes du Royaume-Uni et au moment où il fallait parler des nombreux avantages qu’offrait l’UE, il était déjà trop tard pour changer l’avis de nombreux Britanniques… »

Andrew: « Je pense que ce n’est vraiment pas une bonne chose. Je crois que si nous sortons, notre économie va beaucoup en pâtir. Et mon pays n’aura d’uni que le nom. Et encore. »

Comment cette idée de quitter l’UE est-elle venue ?

Andrew: « Il y a toujours eu des eurosceptiques en Grande-Bretagne, comme dans tous les pays européens je pense. Il y a 4 ou 5 ans, UKIP (UK Independence Party, ndrl) est arrivé sur le devant de la scène et c’est à cause de ce parti qu’on parle maintenant de quitter l’UE.  A l’époque, je ne pensais pas que c’était un parti crédible. Avec la crise, tout s’est amplifié, et les partis populistes ont pris de plus en plus d’importance. Nigel Farrage, le chef du parti UKIP a accusé l’Europe d’être responsable de tous les problèmes que rencontrait le Royaume-Uni. Selon lui, la seule solution était de quitter l’UE. Cependant, je pense que c’est une solution trop simple pour un problème aussi compliqué. »

Dani: « La campagne  Leave  a franchement menti au peuple britannique et beaucoup de personnes croyaient sincèrement qu’un Brexit serait le meilleur résultat pour leur pays (surtout  avec la promesse de 350 millions de pounds pour notre NHS, qui se trouve en grande difficulté, et qui a convaincu un grand nombre de gens).

Est-ce qu’on parlait beaucoup du Brexit Outre-Manche ? Est-ce que tu en parlais beaucoup avec tes parents, tes amis ?

Dani: « C’est difficile à dire pour moi. J’étais très peu en Grande-Bretagne cette année. Cependant, je pense qu’on n’en a pas parlé suffisamment et à la dernière minute, on en a trop parlé. Cela a bourré les cerveaux des Britanniques. Bien sûr, j’en ai parlé autour de moi, avec ma famille et mes amis, mais pas beaucoup. Je savais déjà que tous voteraient Remain  sans se poser de question. Nous parlions parfois de nos peurs si nous sortions par exemple.»

Andrew: « Je ne parle pas beaucoup de politique avec mes parents. Mon frère pense comme moi: quitter l’UE est une catastrophe absolue. Quand je suis rentré chez moi pendant les vacances de Pâques, j’ai discuté avec un voisin qui est pro-Brexit. C’est très difficile de savoir pourquoi il souhaite quitter l’UE, parce que la plupart de ses arguments n’a pas de base dans la réalité. Ils reposent tous sur des mensonges, comme le montant que le Royaume-Uni doit donner à l’Europe par exemple. Tous ses arguments sont assez faibles, parce qu’on peut tout à fait les démonter. »

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Twitter : #Brexit

Est-ce que tu croyais qu’un Brexit était possible ?

Andrew: « Absolument pas: j’étais convaincu que nous allions rester dans l’UE. Je pensais que la majorité allait être très serrée, mais en faveur du Remain. J’ai eu beaucoup de mal à dormir; j’attendais les résultats. Vers 4h00, j’ai regardé les résultats de Newcastle: ils étaient positifs, et comme il s’agit d’une ville assez importante, universitaire j’ai cru qu’ils allaient tous être comme ça. J’avais de l’espoir. Mais à 6h00, BBC News m’a appris que le vent avait tourné:le Brexit l’emportait. »

Dani: « Malheureusement oui… »

Quelle a été ta première réaction ?

Dani: « Ma première réaction était un profond sentiment de choc, suivi par une très grande tristesse. »

Andrew: « J’étais furieux. Je ne savais pas quoi dire ni quoi faire. J’avais envie de hurler. L’après-midi j’ai retrouvé Liam (ndrl: un autre lecteur) dans un café. Il était dans le même état que moi : en colère et choqué. »

Tu habites dans une région qui a majoritairement voté  » Leave « . As-tu une explication ?

Dani: « Oui, je viens d’une région très rurale, traditionnellement très conservatrice et beaucoup de leaders du mouvement Leave étaient des Tories importants (Michael Gove, Boris Johnson). »

Andrew: « J’habites à Warrington, entre Manchester et Liverpool. Les deux villes ont toutes les deux voté Remain, mais ce sont deux grosses villes universitaires. Elles sont ouvertes et diversifiées ethniquement, ce qui permet d’éviter les amalgames. Pour Warrington, je n’ai pas d’explication. »

Est-ce que tu penses que c’est vraiment définitif ?

Dani: « Non…heureusement. Selon nos lois, un référendum n’est pas juridiquement contraignant. De plus, 70% de nos parlementaires étaient contre un Brexit et David Cameron n’a pas invoqué l’Article 50 du Traité de Lisbonne, très probablement pour nous faire gagner du temps. J’espère vivement qu’en raison des grands problèmes qu’un Brexit entrainera (et qui sont déjà en train d’arriver) notre parlement n’invoquera pas l’Article 50.»

Andrew: « Il y a une pétition qui circule sur internet, et que j’ai signée. Elle a déjà réuni plus de 3 millions de signatures, mais c’est difficile de dire si ça peut renverser la vapeur. C’est une situation totalement inédite: personne ne sait ce qu’il va se passer. Beaucoup sont déçus par Nigel Farrage, et regrettent d’avoir voté Leave. Et personne ne sait qui va activer l’Article 50. Même les Brexiters ne savent pas quoi faire maintenant. »

Est-ce qu’il faut que l’UE change ?

Andrew: « Je pense que le plus important est de rendre l’UE et son fonctionnement plus clair. Beaucoup d’Européens ne connaissent pas les institutions européennes et ne savent pas ce qu’elles font exactement. C’est pourquoi ils croient les mensonges des partis populistes, comme UKIP. Par exemple au sujet du NHS, Boris Johnson arborait fièrement sur son bus : « We send the EU £350 million a week. Let’s fund our NHS instead. Vote Leave ». Ces chiffres étaient faux, parce que l’UE rembourse au Royaume-Uni la moitié de ce montant. Mais ça parle aux gens. »

Dani: « Il faut que l’UE soit plus accessible, plus claire. Elle est simplement trop compliquée à comprendre pour le citoyen lambda. La recherche la plus populaire sur Google au Royaume-Uni la veille du référendum était « Qu’est-ce que l’UE ? » »

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Crédits: http://www.theguardian.com

Comment la jeunesse européenne doit se mobiliser pour l’UE ?

Andrew: « Elle doit lutter contre les partis populistes d’extrême-droite. Le plus important selon moi, c’est de débattre avec ceux qui pensent différemment. Parler, discuter est essentiel, mais on doit pouvoir le faire en se respectant. »

Dani: « Il faut parler. Il ne faut pas arrêter de parler. Il y a beaucoup de protestations qui s’organisent au Royaume-Uni, et j’y suis très favorable. Il faut que nos voix restent fortes. Je pense que nous, les Britanniques à Paris devrions organiser une manifestation aussi. »

Et l’Écosse dans tout ça ? Et l’Irlande du Nord ?

Andrew: « Il y a 2 ans, je voulais que l’Ecosse reste dans le Royaume-Uni. Mais maintenant, je comprends pourquoi ils veulent partir. En même temps, si j’étais Ecossais, je ne sais pas ce que je ferais. C’est très difficile comme choix. »

Dani: « Si un Brexit arrive, je souhaite de tout cœur que l’Ecosse devienne indépendante et puisse ainsi rester dans l’UE, et la même chose pour l’Irlande du Nord. Une Irlande réunifiée serait très belle ! Après tout, si de belles fleurs peuvent pousser sur le tas de crottes dans lequel on se trouve, au moins ce serait quelque chose de positif! »

Parlons d’avenir. Que comptes-tu faire ? Rester en France ?

Andrew: « Je reste en France au moins pour un an encore. Je finis mes études. Mais dans deux ans, je ne sais pas. Je pensais aller en Espagne, mais ça sera plus dur, donc j’attends de voir. Si je ne peux pas y aller, j’ai deux solutions: rentrer au Royaume-Uni ou rester en France. Dans ce cas, je pense demander la nationalité française. Mais une chose est sûre: je ne veux pas perdre ma nationalité britannique! »

Dani: «Je reste en France ! J’ai la chance de pouvoir obtenir la nationalité française dans la mesure où je suis en France depuis 6 ans. J’ai toujours travaillé en même temps et j’ai obtenu plusieurs diplômes français.  Mais avant de faire cela, je vais attendre un peu pour voir si la situation se calme. Je m’inquiète beaucoup pour les autres, ceux qui ne sont pas encore en France depuis suffisamment longtemps. Et pour tous les citoyens européens qui résident au RU – qu’est-ce qui va leur arriver ? »

Dans les minutes qui ont suivi l’annonce du Brexit, la toile a vu fleurir un nombre incalculable de tweets contre le vote Leave. Nous vous laissons découvrir le florilège réalisé par Buzzfeed. Même en des temps difficiles, les Britanniques ne perdent pas leur sens de l’humour très sarcastique ici!

Chloé LOURENÇO

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