Unis dans la diversité
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Alors que nous fêtons l’Europe, je ne peux m’empêcher de songer aux défis auxquels elle fait actuellement face. Pour la première fois depuis le début de la construction européenne, le projet européen apparait comme réversible : la crise grecque, la montée des populismes, l’incapacité des états membres de s’exprimer d’une seule voix, l’horizon d’un Brexit, les exemples ne manquent pas pour prouver que le projet européen semble aujourd’hui à bout de souffle. Etre Européen ne fait plus autant rêver qu’autrefois, peut-être parce que chacun doit choisir ce qu’être Européen signifie pour lui. La devise de l’Union européenne n’est-elle pas « unis dans la diversité » ? Dans ces quelques mots se trouvent toute l’originalité et toute l’ambivalence de la construction européenne et donc de l’identité qui en résulte.

A la recherche d’une identité européenne

L’identité est un concept problématique. Par définition, elle correspond à l’ensemble des valeurs et des caractéristiques à travers lesquels un individu ou un groupe affirme sa singularité. L’identité est donc ce qui nous distingue des autres.

Cependant, l’identité européenne résiste aux tentatives classiques de définition. Elle n’a pas de réalité géographique puisque l’Europe n’est pas, à proprement parler, un continent et que sa frontière orientale est incertaine. Elle n’a pas non plus de réalité culturelle car l’Europe abrite une multitude de cultures et de langues. Elle ne se fonde pas non plus sur une unité stratégique puisque la défense reste une compétence nationale.

L’Europe est née d’un « vouloir vivre ensemble » ; la construction européenne en est la réussite la plus éclatante.

Toutefois, l’élément essentiel d’une identité est, à mon avis, d’ordre plus irrationnel : c’est le sentiment si particulier d’appartenance. L’Europe est née d’un « vouloir vivre ensemble » ; la construction européenne en est la réussite la plus éclatante. Si la démarche des pères fondateurs a préféré le pragmatisme des réalisations progressives et concrètes, leur but restait une « union étroite » des peuples européens et non pas simplement un réseau au service des intérêts propres à chaque Etat. Une fois cette volonté commune bien arrêtée, tout obstacle est surmontable. Prenons par exemple l’obstacle linguistique : comment créer un sentiment d’appartenance alors que les Européens parlent des langues différentes ? « La langue de l’Europe, c’est la traduction » disait Umberto Eco : une identité plurielle est une identité où tout reste à inventer…

Identité européenne vs. Identité nationale

Quid alors des identités nationales ? Doivent-elles disparaitre et laisser la place à une unique identité européenne ? Il serait absurde et dangereux d’imposer une identité européenne contre les identités nationales. Au contraire, l’identité européenne doit se construire avec les identités nationales, par rapport à elles et en respectant leurs particularités.

A l’heure où l’Etat-nation semble souffrir de ses propres limites, l’Europe propose une nouvelle voie. La crainte de voir s’évanouir les identités nationales est alors peu fondée : certes les frontières européennes ont perdu de leur pertinence avec la hausse des échanges transnationaux et les progrès des transports et de la communication ont facilité l’homogénéisation culturelle, mais, malgré tout, les Européens s’identifient d’abord à leur patrie. L’Europe est plus présente dans leur vie pratique que dans leur cœur…

Comment forger une identité européenne à partir d’éléments si disparates ? Nier la diversité européenne serait une erreur : on renoncerait alors à la spécificité même de l’Europe. En outre, chaque individu dispose de plusieurs identités qui se superposent, l’identité européenne peut devenir une des strates de notre identité personnelle. Il suffit pour cela de parler plus ouvertement de l’Europe, et donc de créer, entre autres choses, un réel espace public européen – ce qu’ironiquement les différents débats sur les crises actuelles ont sans doute contribuer à fonder.

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Quelle identité européenne pour quelle Europe ?

L’identité est avant tout une construction humaine. Et l’Europe est bel et bien née d’un geste intentionnel. A l’instar de l’identité nationale créée avec l’Etat-nation au XIXe siècle, la création d’une identité européenne est possible. Mais encore faut-il se mettre d’accord sur quelle identité pour quelle Europe.

Il existe plusieurs façons d’envisager l’identité européenne.

Tout d’abord il existe l’identité en creux, celle qu’on entrevoit à l’étranger, qui n’est visible qu’à l’extérieur, quand on paie en Euro par exemple. L’Europe apparait alors comme unie, elle est le symbole d’une certaine culture, d’un certain mode de vie.

Depuis peu, on cherche à définir activement l’identité européenne. Le principe qui prévaut aujourd’hui est celui de l’unité dans la diversité. C’est avant tout une identité des intérêts, qui est par nature peu stable car fondée sur l’utilité des différents participants et sur des compromis techniques assez opaques. La crise de confiance de l’Europe témoigne peut-être des limites de cette approche pragmatique de la construction européenne : à partir de l’interdépendance économique on ne peut pas achever de créer un sentiment d’appartenance ; il faut une volonté politique, une vision de l’Europe – ce qui semble aujourd’hui cruellement manquer aux personnels politiques nationaux.

Le dernier échelon de l’identité européenne est le plus exigeant : il résulte d’une unité politique, que nous sommes loin d’avoir atteint et qui reste à construire et à définir.

La question de l’identité européenne est donc une question fondamentale. Aujourd’hui, nous sommes à un tournant dans l’histoire européenne : nous pouvons choisir d’être Européens, et de faire de cette identité que nous partageons le point de départ d’une plus grande intégration européenne. Mais nous pouvons tout aussi bien décider que l’Europe n’est plus l’horizon vers lequel nous voulons tendre et, faute de mieux, préférer le cadre rassurant des États nations.

Se dire Européen aujourd’hui, c’est donc affirmer, dans une certaine mesure, sa confiance dans l’interdépendance européenne, malgré ses difficultés et ses ratés, c’est embrasser la vision d’un futur commun, construit côte à côte. C’est donc se dire prêt pour passer à l’Europe politique.

Peut-être que ce qui définit le mieux l’identité européenne est le mouvement : l’esprit européen est l’esprit de la liberté, de la révolution, de la rupture. Il échappe à toute définition car une fois figé, il perd son sens. L’identité européenne puiserait alors sa force et son originalité dans sa capacité à constamment se réinventer. Son renouvellement et le débat qui l’accompagne seraient alors la base paradoxale d’une identité européenne partagée par ceux qui tentent de la façonner. Au lieu de chercher désespérément à la définir, il suffit simplement d’accepter de faire partie d’un grand tout que nous contribuons à forger et d’avancer vers le futur que nous volons construire.

Marie-Hélène PANTALÉO

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