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Franck FIFE/AFP

Un temps remis en cause par les attentats de Paris et de Bruxelles, le Championnat d’Europe de football aura bien lieu en France du 10 juin au 10 juillet 2016. Cependant, au vu de l’énorme impact que pourrait avoir cet événement, était-il vraiment possible de l’annuler ?

En mai 2010, l’Union des associations européennes de football (UEFA) confie à la France l’organisation de l’Euro 2016. L’Hexagone accueillera alors l’un des plus importants tournois footballistiques de la planète : 24 équipes nationales européennes, 51 matchs se déroulant dans 10 villes françaises, environ 2,5 millions de spectateurs dans les stades et 7 à 8 millions en dehors dont 1 million d’étrangers. Véritable fête populaire, cette compétition représente également l’un des évènements sportifs les plus regardés dans le monde…et donc une cible privilégiée pour le terrorisme.

Les attaques qui ont frappé la capitale française, le 13 novembre 2016, ont rappelé que les épreuves sportives n’étaient pas épargnées, bien au contraire. Le bilan de l’attentat suicide, réalisé aux pieds du Stade de France, aurait pu être beaucoup plus lourd si les kamikazes avaient réussi à pénétrer dans l’enceinte où se déroulait le match amical opposant la France à l’Allemagne. Les jours suivant les actes terroristes, la sécurité est au cœur du débat public et un événement en particulier est pointé du doigt : l’Euro 2016. En effet, étant donné la ferveur que provoque cet événement dans les restaurants et les bars, mais surtout à l’intérieur et à l’extérieur des stades, il était légitime de se demander si la France devait organiser l’Euro 2016 malgré la menace qui pèse sur la compétition. À la suite des attentats de Bruxelles du 22 mars 2016, cette même question a été de nouveau soulevée.

Cependant, seulement quatre jours après les attaques survenues à Paris, alors que les manifestions sur la voie publique sont toujours interdites, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, déclare qu’il n’est « pas question » d’annuler l’Euro. Puis, le 23 mars, alors que Bruxelles se réveille en état de choc, c’est au tour du Premier ministre Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, de réaffirmer que la compétition aura bel et bien lieu.

Mais quels sont les véritables enjeux d’un tel événement et pourquoi sa tenue est-elle si importante pour nos hommes politiques? Si ces derniers nous présentent toute annulation de l’Euro 2016 comme une défaite face au terrorisme, nombreux sont les spécialistes qui voient, en son maintien, une victoire économique, sociale et politique.

Un impact économique à plus d’1 milliard d’euros

Cet été, la France accueillera l’Europe du ballon rond et espère accueillir le monde, à Paris, lors des Jeux Olympiques 2024. Afin de répondre à de telles attentes, l’investissement est conséquent. Selon une étude du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) – commandée par l’UEFA – datant de novembre 2014, 618 millions du milliard et demi d’euros nécessaire à la construction ou à la rénovation des dix stades accueillant les matchs de la compétition, ont été financés par l’État. D’après la même étude, environ 1 milliard d’euros sera injecté dans l’économie française grâce à la compétition et 26 000 emplois seront crées pour l’occasion. Bien que tous les économistes ne s’accordent pas sur l’ampleur de l’impact économique, certains, comme Patrice Bouvet, estime que l’événement aura un effet positif « dans la mesure où l’on est dans une période de ralentissement. L’avantage de l’Euro en France maintenant, c’est de servir un peu de facteur de relance ».

Même si, sur le plan financier, le grand gagnant sera l’UEFA avec 2 milliards d’euros de recettes attendues, il est difficile avec autant d’argent en jeu, de faire machine arrière aujourd’hui. D’autant plus qu’un tel événement ne peut être organisé en quelques mois : si la France ne le fait pas, il n’y aura pas d’Euro du tout.

Un enjeu socio-politique

À travers le monde, sport, politique et société ont toujours été liés. Phénomène particulièrement visible dans les états confrontés à des tensions interethniques ou à des nationalismes forts, le sport est, dans bien des cas, utilisé comme l’expression de l’identité nationale. Dans un pays comme la Belgique, où les différences linguistiques et régionales divisent la population, l’équipe nationale de football réussit l’exploit de créer, le temps d’un match, un sentiment d’appartenance commun.

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REUTERS/François Lenoir

Même si la France ne se trouve pas confrontée aux mêmes défis sociaux, le pouvoir unificateur du football a tout de même été utilisé en 1998, après la victoire de la France en finale de la Coupe du monde. À l’époque – les plus vieux d’entre nous s’en souviennent encore – cette victoire a largement dépassé le domaine sportif. L’équipe championne du monde, la fameuse équipe « black-blanc-beur », était alors devenue synonyme de réussite et d’intégration sociale au sein d’une nation multiraciale et unifiée. Le contexte économique aidant, les dirigeants d’alors voient leur côte de popularité monter en flèche. Cet engouement doit toutefois être relativisé car moins de quatre ans plus tard, c’est l’extrême droite qui se retrouve au second tour face à Jacques Chirac.

Penser que la population mélange victoire sportive et politique reviendrait à discréditer l’opinion publique, mais cela ne veut pas dire que les politiques ne cherchent pas à tirer partie de l’engouement suscité par les compétitions sportives.

A voir: Chirac/Jospin et le mondial de 1998

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La campagne électorale approchant et la France n’étant pas épargnée par la montée du populisme, il ne serait pas surprenant de voir une récupération politique du Championnat d’Europe 2016. Mais pour réaliser une telle opération, les Bleus doivent avoir une image irréprochable auprès du grand public. Ceci pourrait expliquer les récentes sorties médiatiques de Manuel Valls et de Patrick Kanner sur le « cas Benzema ».

Cela rompt avec l’idée que le sport n’est pas politisé. Il devient malgré lui un spectacle politique. Une compétition comme l’Euro 2016 représente une vitrine internationale pour le pays organisateur et l’enjeu politique dépasse le sportif. Il s’agit de prouver au monde que la France est une grande puissance capable de mettre en place, même sous la menace terroriste, « des méga-événements ». Ces derniers peuvent constituer un levier pour le pays organisateur sur l’échiquier politique international. Mais pour cela, il faut montrer une bonne image du pays : un état pacifié, efficace et au-dessus des divisions. Ce n’est pas un hasard si Manuel Valls déclare, lors d’une interview accordée à Stade 2, que « la France est un grand pays moderne qui est capable d’assurer la sécurité de ses citoyens, de faire face à la menace terroriste ».

Selon un sondage de l’Institut Odoxa datant de mars 2016, 79% des Français interrogés sont opposés à l’annulation de l’Euro, tandis que 58% sont contre la suppression des fameuses « fan zones ». Une question d’honneur ?

En plus d’aller à l’encontre de l’opinion publique, annuler l’Euro aurait eu des répercussions négatives sur les plans sportif, économique et politique. Quoi qu’il en soit, la sécurité sera l’enjeu majeur pour la réussite de la compétition. Il ne reste plus qu’à espérer que cela ne vienne pas gâcher pas la fête.

Robinson AZOR

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