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D’un point de vue très français, les connaissances sur l’Europe de l’Est se limitent souvent à quelques vagues souvenirs d’un lointain cours d’histoire de Terminale. Schématiquement, pour beaucoup de Français, les pays d’Europe de l’Est sont restés dans les années 1980-1990.

Aujourd’hui, avec la montée du populisme en Pologne et en Hongrie, l’actualité des pays européens de l’Est n’apparait pas comme étant positive et porteuse d’avenir pour l’Union européenne. C’est donc avec une idée de l’intégration des pays d’Europe de l’Est en demi-teinte que Julija Milca (Lettone) et Markéta Pospechova (Tchèque) ont décidé d’organiser et d’animer une conférence sur le thème : « les pays de l’Europe de l’Est après leur adhésion à l’UE : de l’espoir à la crise ».

Pour ce faire, les deux étudiantes du Master d’Affaires européennes ont fait appel à trois spécialistes. Le premier à prendre la parole fut Paul Lenormand, doctorant au centre d’Histoire de Sciences Po et spécialiste des pays d’Europe centrale (République tchèque, Pologne et Hongrie).

La deuxième invitée fut Céline Bayou, docteur en civilisation à l’INALCO et spécialiste des pays postsoviétiques. Lors de sa présentation, elle s’est penchée sur le cas des pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie).

Enfin, la dernière intervenante est  Anne Madelain, docteur au Centre d’Etudes et de Recherches Comparatives en Ethnologie (CERCE) ainsi qu’à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Elle nous a présentés les difficultés et défis des pays des Balkans, et plus précisément le cas croate.

C’est avec une vidéo reprise d’une conférence de presse du président du Parlement européen – Martin Schulz – que Paul Lenormand a débuté la conférence. Les mots qui touchaient au cœur du débat étaient prononcés : xénophobie, islamophobie et populisme.

Pour expliquer la hausse du soutien aux partis politiques populistes, Paul Lenormand s’est concentré dans un premier temps sur le cas tchèque. Il y montrait qu’en 2007, lorsque l’intégration du pays avait été digérée, le taux de popularité de l’Union européenne était très fort (71%). Au contraire, aujourd’hui, l’âge d’or de l’intégration européenne est dépassé et le soutien de la population à l’UE n’est plus que de 29%. Il explique ce phénomène de contestation dans les pays d’Europe centrale par trois causes principales.

Premièrement et sans surprise, la crise économique. Pour entrer dans l’UE, les pays d’Europe centrale ont accepté le consensus néolibéral. Ils ont adapté leur économie aux demandes de l’Union. Cela a eu pour conséquence la baisse de la protection sociale et une plus grande interdépendance avec les autres pays de l’Union. A partir de 2007-2008, les pays ont été touchés en même temps par une baisse du pouvoir d’achat et une forte morosité économique. Face à toutes ces difficultés, les pays d’Europe centrale ont senti l’Union européenne impuissante. Ils n’ont pas vu en l’Union une institution capable de les protéger et de leur garantir un niveau de vie décent. Face à cette Europe faible, les pays du Visegrád  qui connaissent une tradition atlantiste très forte, voient au contraire en l’OTAN un bouclier protecteur que l’Europe ne peut leur garantir.

Le deuxième phénomène qui explique l’éloignement des pays d’Europe de l’Est se trouve dans la transformation de la sphère politique. Le rejet massif du libéralisme et la quête d’une personne charismatique à suivre amènent à un éloignement des partis traditionnels vers des partis populistes. Ces derniers rejettent en bloc l’idée de l’Union européenne, même si, comme le faisait remarquer Paul Lenormand, ces partis profitent des avantages du système européen…

Le succès des partis populistes est aussi favorisé par une participation des électeurs de plus en plus basse. Le taux de participation aux élections générales en Pologne est passé sous la barre des 50% par exemple. On peut donc très bien imaginer le niveau de participation aux élections européennes…

Enfin, la troisième cause majeure qui expliquerait la hausse du populisme – selon Paul Lenormand – serait la crise des réfugiés. Les pays d’Europe centrale ont trouvé l’Union européenne laxiste et faible, ce qui a augmenté considérablement le sentiment de peur. L’exemple du cas des viols et agressions de Cologne a légitimé les discours populistes hostiles aux migrants. En résumé : ayez peur de ces migrants qui violent vos femmes et vos terres.

Paul Lenormand, spécialiste des pays d’Europe centrale, a conclu sur une position assez défaitiste. Pour lui, la phase d’enthousiasme des pays de l’Est pour l’Europe s’est bel et bien essoufflée. Aujourd’hui, la lassitude et la désillusion sont des termes qui résument le sentiment de ces pays envers l’Union européenne.

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Le cas de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie est bien différent de celui des pays de l’Europe centrale. Ces trois pays longtemps surnommés les « triplés Baltes » sont entrés dans l’Union européenne et dans l’OTAN principalement dans le but de se protéger d’une attaque russe. Céline Bayou, spécialiste de ces pays a bien insisté sur le rôle de l’UE et de l’OTAN comme bouclier contre la Russie.

Les trois pays sont entrés dans l’UE en 2004. Leur adhésion n’a pas été simple. En effet, l’Estonie aurait dû entrer dans l’Union en premier. Ce pays avait mené des réformes structurelles efficaces et était le plus libéral des trois. Cette mise en avant de l’Estonie par rapport aux deux autres a déplu. Cela a marqué le début de la désillusion envers l’Union. Pour autant, et malgré un manque de communication efficace sur l’UE, ces trois pays n’ont jamais remis en cause leur adhésion à l’Union. Aujourd’hui encore, la question d’un départ ne se pose pas. D’après Céline Bayou, la situation d’annexion que connait la Crimée actuellement, rend les pays baltes encore plus craintifs. Ils ne pourraient se passer de la protection de l’UE : s’ils partent, ils seront seuls face au géant russe de plus en plus menaçant.

Au sein de l’Union européenne, les pays baltes ressentent le complexe des petits pays. Pour autant, ils contrebalancent cet inconvénient en mettant en lumières leurs atouts. Les trois pays baltes se présentent comme des pays jeunes et dynamiques qui sont bien plus en mesure que les vieux pays comme la France, à trouver des solutions aux crises européennes. L’un des principaux défauts que dénoncent les pays baltes est le caractère excessivement bureaucratique de l’UE. Pour remédier à cela, l’Estonie propose par exemple une carte électronique dans laquelle tout serait regroupé : la carte d’identité, la carte bancaire, les dossiers médicaux…

Face à la crise des migrants, les réactions sont diverses. D’un côté, les pays baltes se posent des questions sur la manière d’accueillir les réfugiés. Ils sont d’accord pour en accueillir, mais ils n’acceptent pas pour autant l’idée des quotas imposés par Bruxelles. Le deuxième point souligné par Céline Bayou est que la mise en place d’une plus grande protection des frontières extérieures leur est plutôt favorable. Officiellement, ces structures serviront à empêcher les migrants d’entrer sans contrôle. Officieusement, ces constructions permettront de protéger les pays baltes contre une possible invasion des troupes russes sur leur territoire.

Julija Milca a adhéré aux propos de Céline Bayou. Pour elle, qui est lettone, il n’existe pas de mouvement anti Europe au sein des partis les plus importants de son pays.

La dernière personne à avoir pris la parole lors de cette conférence a été Anne Madelain. Elle a axé son analyse sur le cas Croate : dernier pays à être entré dans l’UE en 2013. Elle a mis en lumière le dilemme que la Croatie a dû affronter. En effet, au sortir d’une guerre très douloureuse en 1995, le pays a connu deux objectifs contradictoires. Les pouvoirs en place voulaient à la fois construire une souveraineté croate forte et intégrer l’UE (ce qui implique une perte de souveraineté en faveur de Bruxelles). Les autorités n’ont pas trouvé de solution adéquate au problème.

En 2012, la majorité du « oui » a été atteinte pour intégrer l’Union européenne. Ce que l’on sait moins, c’est que le taux d’abstention pour ce vote a été de 65% … Ce taux résume le constat que les Croates considèrent que l’UE ne leur apportera rien.

En 2015, la Croatie est face à de nombreux enjeux de taille. Au niveau politique, tout comme les pays d’Europe centrale, la désillusion amène à une hausse du poids des partis populistes et nationalistes. Au niveau économique, il n’existe aucun dialogue social et aucun syndicat. Ce cocktail est d’autant plus dangereux dans une économie très libérale. Enfin, face aux migrants, les Croates ne se posaient pas de questions. Ils savaient que la Croatie n’était qu’une route pour aller vers d’autres pays plus attractifs. Cependant, la question s’est renversée et est devenue problématique lorsque les migrants sont restés coincés entre la Croatie et la Slovénie. Le pays se demande maintenant que faire de toutes ces personnes.

Le constat est noir: L’Europe ne fait plus rêver

En somme, le constat est noir : l’Europe ne fait plus rêver. De plus, le pays ne voit aucune perspective économique positive pour l’Union européenne.

En définitive, cette conférence sur le processus d’intégration des pays de l’Est a montré que cette zone géographique ne peut évidemment pas être comprise en un seul bloc. L’intégration, l’évolution et enfin l’actualité des pays d’Europe centrale, des pays baltes et de la Croatie ne sont pas les mêmes. Un constat commun en ressort pour autant : l’Union européenne a besoin de se moderniser et de communiquer avec les pays membres de son Union. Cette observation est d’ailleurs vraie dans toute l’Union européenne : les citoyens se sentent éloignés d’une Europe très bureaucratique et complexe. L’un des défis de l’UE sera, dans un futur très proche, de communiquer et se rapprocher des ses citoyens.

Maud BENAKCHA

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