L’année 2015 a marqué un tournant dans la vie politique polonaise : le parti conservateur d’opposition Droit et Justice (Prawo i Sprawiedliwość ou PiS, en polonais) a remporté les élections présidentielle et législative face au parti libéral Plateforme-Civique, qui était au pouvoir depuis 2007.

POLOGNE

Suite aux résultats des élections de 2015, Andrzej Duda est élu Président de la République de Pologne. Le parti Droit et Justice, dirigé par Jaroslaw Kaczyński, obtient la majorité absolue au sein de l’Assemblée nationale polonaise. Petit hic, le nouveau gouvernement conservateur et eurosceptique, bien qu’en fonction depuis quelques mois seulement, fait déjà beaucoup parler de lui en Pologne et chez ses voisins européens.

Outre ses convictions conservatrices et europhobes, PiS est aujourd’hui montré du doigt par les institutions européennes pour avoir mis en place des mesures controversées modifiant le fonctionnement du Tribunal constitutionnel polonais et l’organisation des médias publics : des mesures qui constituent une réelle menace pour la démocratie et l’Etat de droit en Pologne. La première réforme portant sur le Tribunal constitutionnel impose une réorganisation totale de cette institution : aussi bien de la nomination des juges que du mode de vote. Cela a pour conséquence de rendre plus complexe l’entrée en vigueur d’une loi. Avec cette réforme, le Tribunal constitutionnel polonais perd sa fonction principale : celle d’arbitre indépendant capable de bloquer les législations du gouvernement.

La deuxième réforme, entrée en vigueur un jour seulement après la première, s’attaque quant à elle aux médias publics polonais. Depuis décembre 2015, les médias publics sont placés sous contrôle exclusif du gouvernement Droit et Justice qui jugeait ceux-ci « pas assez fiables » et « trop peu promoteurs des intérêts nationaux ». PiS est à présent libre de désigner les directeurs des chaînes publiques de télévision et de radio. Quant au Ministre de la Culture Piotr Glinski, il a été nommé responsable de la politique relative aux médias. Ce dernier a même déclaré que les services publics de radio et de télévision ainsi que l’agence de presse nationale seront transformés en « institutions nationales culturelles », c’est-à-dire en institutions placées sous le contrôle du Ministère de la Culture polonais. Autant de décisions qui remettent sensiblement en question la séparation des pouvoirs ainsi que la liberté d’information dans le pays.

Les piliers de la démocratie européenne semblent soudainement s’effondrer. De tels évènements n’ont pourtant rien de nouveau en Europe. L’entrave aux libertés fondamentales et la mise à mal de l’Etat de droit avaient déjà été observées en Hongrie il y a peu, sous le gouvernement du Premier Ministre Viktor Orban.

La Pologne prend donc désormais un chemin très différent de celui tracé par le précédent gouvernement libéral, renonçant ainsi à sa réputation de « bon élève européen ». En réaction aux actes effrontés du gouvernement polonais, l’Union européenne a mis en place une enquête qui déterminera si des sanctions seront nécessaires ou non. L’avenir démocratique de la Pologne demeure cependant toujours incertain.

Virginie CARDOSO

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