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Oscar du Meilleur Premier film, Oscar du meilleur scénario original, Goya du Meilleur Film Européen, Prix LUX du Parlement Européen 2015… On ne cite plus les nombreuses récompenses qu’a déjà engrangé Mustang!, le film de la réalisatrice turque, Deniz Gamze Ergüven. Journée de la Femme oblige, revenons sur le parcours hors normes de ce film européen.

Mustang! raconte l’histoire de cinq sœurs orphelines qui défendent avec fougue et courage leur liberté. Elles se rebellent contre une société traditionnelle et patriarcale où la voix de la femme n’a que peu d’importance, dans la mesure où sa vie est rythmée par celle des hommes. Alors qu’elles rentrent insouciantes de l’école pour les grandes vacances, elles jouent dans la mer avec cinq garçons. Et leurs vies basculent.

A la maison, leur grand-mère et leur oncle les enferment et transforment le lieu de vie en une « usine à épouses », comme le souligne Lale, la benjamine. Cependant, loin des clichés que de nombreux Européens possèdent sur la vie en Turquie, la réalisatrice a voulu montrer que la société turque était loin d’être manichéenne. Au style de vie occidental et libéré d’Istanbul, elle oppose un patriarcat puissant dans les provinces reculées de la péninsule. Car si ce sont les hommes qui dictent les règles aux femmes, ce sont bien les femmes qui enferment définitivement les cinq sœurs dans des carcans de morale et de bienséance sans âge. Comment un pays qui fut l’un des premiers à accorder le droit de vote aux femmes peut maintenant sombrer dans l’obscurantisme vis-à-vis d’elles?

Plusieurs voix se sont élevées à Ankara lorsque Mustang! est sorti sur les écrans, dénonçant un film « fait pour les Européens », loin de la réalité du pays. Certains critiques ont même comparé Deniz Gamze Ergüven à nos peintres orientalistes, qui peignaient une société lointaine sans vraiment en refléter la vérité. Hésitant entre amour du Septième Art et envie de se défaire de Mustang!, les Turcs eux-mêmes ne savent plus quelle attitude adopter. Et dans la course à l’Oscar, la Turquie n’a pas apprécié non plus que Mustang! ne la représente pas.

Pour la réalisatrice, cette réaction était à prévoir: le gouvernement Erdogan, de plus en plus conservateur refuse de montrer une facette trop libérée de son pays. Gageons que nos cinq héroïnes savourent leur récompense et vivent dans une Turquie où la femme est définitivement « libérée, délivrée ».

Chloé LOURENÇO

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