À la veille d’une réunion des ministres européens de l’agriculture consacrée à la crise du secteur laitier, les producteurs manifestent partout en Europe et demandent des solutions concrètes à la crise.

Le 27 juillet dernier, plus d’un millier d’éleveurs de vaches français bloquaient l’autoroute A81 entre Paris et Rennes. Ils réclamaient une hausse des prix du lait, qui s’élevait alors à 300 euros par tonne. Les manifestants estiment cependant que le prix idéal, permettant une rémunération décente des agriculteurs, se situerait plutôt entre 365 et 380 euros la tonne, c’est-à-dire au-dessus du prix minimum de vente (340 euros la tonne) fixé par l’accord du 24 juillet entre les producteurs de lait et le ministre de l’Agriculture français, Stéphane Le Foll.

Le 1er septembre, lors d’une manifestation à Munich, l’association de producteurs allemands de lait (Bundesverband Deutscher Milchviehhalter) a demandé le plafonnement temporaire de la production laitière. Cette manifestation s’est déroulée à la vieille d’une réunion extraordinaire du Conseil de l’Agriculture, prévue le 7 septembre. Les ministres européens de l’Agriculture devront trancher la question de la crise du secteur laitier en Europe, en proposant des solutions pour venir en aide aux producteurs en difficulté.

Des quotas laitiers depuis 1984

Depuis la Seconde Guerre Mondiale, la politique européenne de subventions à l´agriculture stimule l’augmentation de la production de lait, impulsée en outre par la mécanisation de l’agriculture. Dans un premier temps, les surplus de stocks étaient rachetés par la Commission européenne, assurant ainsi des prix élevés pour les producteurs. Cela n’a pas empêché une crise de surproduction dans les années 1970, raison pour laquelle des quotas laitiers ont été créés en 1984. La production européenne était donc limitée et répartie entre les États membres, chacun ayant son quota. Une pénalité de 0,34 euros par litre de lait excédentaire pouvait être appliquée aux producteurs ayant dépassé leurs quotas.

En 2009, la crise économique provoque une baisse de la consommation de lait, tandis que la production en Nouvelle-Zélande et en Australie explose. La conséquence est une nouvelle crise de surproduction, avec une chute du prix du lait de 30%. Les quotas européens sont augmentés de 1% par an pour préparer la disparition du dispositif en 2015.

Les quotas laitiers ont été ainsi complètement supprimés ce 1er avril, ouvrant la voie à une augmentation encore plus poussée de la production. Avant même cette date, l’Europe augmentait sa production de lait, au point de dépasser les quotas et de risquer des amendes. Au printemps 2014, le secteur observait une période très favorable et les prix atteignaient des sommets, allant jusqu’à 400 euros la tonne en France. Cependant, à partir de l’automne, la pression à la baisse sur les prix commence à se faire sentir, l’embargo russe d’août 2014 sur les produits agroalimentaires européens accélérant le mouvement. Les producteurs souffrent toujours aujourd’hui de la prolongation de ce dernier.

Le rôle de la Commission dans la crise

Pour contenir la baisse des prix, la Commission européenne a réactivé depuis mars les stocks d’intervention et les stocks privés de beurre et de lait en poudre. Elle peut soit indemniser le stockage temporaire privé de beurre ou de lait, soit acheter des stocks pays par pays. Cependant, selon la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles), les prix d’achat du lait en France restent trop faibles par rapport aux coûts de production. En outre, très peu de pays ont bénéficié de ce mécanisme, à savoir uniquement la Belgique, la Lituanie, la Pologne et le Royaume-Uni, et seulement à partir de mi-juillet.

On parle à présent de réactiver les mécanismes de stockage de lait. La Commission européenne consacre déjà 820 millions d’euros en mesures d’intervention pour soutenir les producteurs de lait.

L’autre problème que les ministres européens de l’Agriculture auront à traiter prochainement, ce sont les effets de l’embargo russe sur les produits agricoles européens, décrété en représailles des sanctions de l’Union européenne contre la Russie dans le cadre de la crise ukrainienne. L’embargo russe s’est révélé catastrophique pour le secteur laitier, dont le marché était déjà saturé. Cependant la levée des sanctions économiques contre la Russie reste improbable, face à la violation constante des accords de Minsk par cette dernière.

Au-delà de l’embargo russe, la consommation de lait affiche une baisse tendancielle depuis 2014, tant en France qu’au niveau européen. Ainsi, la Commission commence à miser sur des nouveaux marchés pour contourner la crise du secteur laitier, notamment la Chine où selon les estimations la demande de lait pourrait croître de 50% d’ici à 2014.

Ligia SEVERINO

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