Nous l’avons compris, le changement climatique impacte notre vie à tous. Quels effets aura-t-il sur notre santé ?

Le changement climatique influence de manière dramatique les biotopes et les biocénoses, ces deux composants formant un écosystème. Chaque composant de l’écosystème ainsi que l’équilibre naturel de l’écosystème est menacé par les changements climatiques. Dans cet équilibre fragile, l’homme, au même titre que les espèces animales et végétales, est particulièrement vulnérable.

Des risques graves à la santé humaine ont été identifiés aux cours des années et les chiffres ainsi que les projections attestent d’un phénomène déjà en marche et particulièrement inquiétant. Désormais, à chaque phénomène du changement climatique correspond un ensemble de risques potentiels ou avérés à la santé humaine. Nous tenterons ici d’analyser les plus grands risques dus au changement climatique pour la santé humaine, et plus particulièrement les risques pour la santé des européens.

La hausse des températures aura dans le monde plusieurs conséquences. L’accroissement du nombre et de l’intensité des vagues de chaleur et de froid entraineront une hausse des cas de déshydratation, diarrhées, d’hyperthermie, et des problèmes respiratoires et cardiovasculaires, essentiellement chez les personnes à risques telles que les personnes âgées et les jeunes enfants. La canicule européenne de 2003 aurait ainsi tué prématurément plus de 70 000 personnes selon les estimations de l’Agence Européenne de l’Environnement. Le projet PESETA (Projection of impacts of climate change in sectors of the European Union) a permis d’établir des projections plus précises : il est estimé que la mortalité dans l’Union Européenne augmentera entre 1 et 4% à chaque hausse d’un degré de la température, entrainant ainsi une hausse de 30 000 décès par an d’ici les années 2030, et entre 50 000 et 110 000 décès d’ici les années 2080. Le projet PESETA II indique plus précisément dans son rapport de 2014 que les zones les plus vulnérables seront l’Europe du Sud et l’Europe centrale.

La hausse des températures sera aussi responsable d’une hausse de la concentration des aéroallergènes et de l’ozone dans l’air. Les personnes souffrant de troubles respiratoires tels que l’asthme seront particulièrement vulnérables à la hausse de la teneur en pollens. L’augmentation de la teneur en ozone au niveau du sol (« ground level ozone ») créera de graves problèmes de santé : réduction de la capacité respiratoire, asthme, maladies pulmonaires, etc. Selon l’OMS en 2008, une teneur de 70 µg par m³ d’air entrainerait, dans l’UE à 25, 20 000 morts prématurées, et 14 000 admissions hospitalières supplémentaires. Plus largement, selon cette même étude, 108 millions de personnes dans l’UE à 25 seraient affectées au niveau respiratoire. Malgré tout, certaines bonnes nouvelles découleront de la hausse des températures : ainsi dans les zones tempérées, la diminution des températures hivernales entrainera la baisse des taux de mortalité dus au froid.

D’autres phénomènes doivent faire l’objet d’une attention toute particulière de la part de l’Europe, notamment l’évolution des maladies vectorielles et des maladies d’origine alimentaire. Ainsi, selon l’étude du projet européen PESETA et l’étude du European Centre for Disease prevention and contrôle (ECDC), les populations européennes seront vulnérables aux maladies d’origine alimentaire (la samonelle par exemple). D’ici 2030, les maladies d’origine alimentaire pourraient être à l’origine de la mort de plus de 20 000 personnes par an, d’ici les années 2080 entre 25 000 et 40 000 morts par an. Outre les maladies dont le vecteur de transmission est l’eau, l’augmentation d’autres maladies vectorielles s’expliquerait par la hausse des températures qui favoriserait l’augmentation des populations de moustiques et tiques, vecteurs de transmission de maladies telles que le paludisme, la dengue, la malaria, chikungunya (cf Europe 2007), la borréliose de Lyme, l’encéphalite à tiques, etc. L’étude de la distribution des moustiques et des tiques pour déterminer le rôle du changement climatique en matière de santé est difficile, mais de nouvelles études poussées sont réalisées par divers organismes européens et internationaux.

L’Union européenne est en effet particulièrement bien placée en matière d’études sur les effets du changement climatique sur la santé humaine ainsi que la santé végétale et animale. Conformément aux principes de prévision, prévention et protection, l’Europe cherche à identifier, évaluer, cartographier les risques à la santé humaine, à établir des politiques publiques européennes de prévention adaptées, et à prévoir les actions futures de l’Union européenne. Outre une coopération fructueuse avec des organismes internationaux tels que l’OMS, plusieurs projets de taille ont été financés par l’Union européenne depuis 2004.

Au niveau de la prévention et de la protection, l’Union européenne élabore des mécanismes d’alerte et des stratégies cadres devant lui permettre d’établir dans le futur des politiques publiques adaptées. Une stratégie élaborée en 2007 mais qui s’inscrit désormais dans le cadre de la stratégie Europe 2020, intitulée « Ensemble pour la santé » vise globalement à répondre à ces défis, notamment du changement climatique, en renforçant la coopération et la coordination dans l’UE et en complétant l’action des Etats en matière de santé. Au sein de cette stratégie, des projets ont été adoptés afin de mettre en place des mécanismes d’adaptation aux changements climatiques à venir.

L’Europe doit poursuivre sans relâche, sur le court et long terme, la lutte contre le réchauffement climatique, car les conséquences projetées sur la santé humaine sont désastreuses. Elles sont d’autant plus désastreuses qu’elles sont difficilement quantifiables en termes économiques, mais aussi en termes de mortalité. Si l’on prend comme exemple le coût des inondations : selon la Commission européenne, entre 1980 et 2011, les inondations auraient entrainé une dépense s’élevant à 90 milliards d’euros. Pour le moment, tout repose sur des modèles dont la solidité pourrait être remise en cause par les phénomènes climatiques erratiques. Il faut donc poursuivre les recherches scientifiques, qu’elles soient économiques, climatologiques, sanitaires ou phytosanitaires, relatives aux conséquences du changement climatique. Enfin, il faut que l’Europe élabore une stratégie sanitaire d’ensemble qui accélère la coordination entre les pays et la mise en place de mécanismes venant compléter les mécanismes sanitaires de chaque pays membre.

Daphnée PAPIASSE

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