Nous revenons aujourd’hui sur des années de plans de sauvetage et de cures d’austérité en Grèce afin de comprendre le point de départ de la crise.

Cet été la Grèce ou plutôt la crise grecque a été au centre de toutes les attentions avant qu’elle soit remplacée à la une des journaux par une crise migratoire qui n’est pas sans rapport avec la première. Les difficultés de la Grèce ne datent pas d’hier et l’on pourrait même considérer que celles-ci remontent à l’adhésion même de ce pays méditerranéen à la CEE en 1981. La crise grecque telle que nous la comprenons ne remonte pourtant pas aussi loin.

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La boîte de Pandore des finances publiques grecques.

En 2004, les Jeux Olympiques sont de retour dans le pays qui les a vus naître mais une fois la joie des retrouvailles passée, la Grèce qui faisait déjà face à des problèmes économiques se retrouve avec une note plutôt salée. Selon les aveux de Jacques Rogge, président du CIO à l’époque, « la dette grecque [a] cru de 2 à 3% en raison du coût des JO ». Mais à l’époque le gouvernement Karamanlis 1 puis 2 (Nouvelle Démocratie, parti conservateur) ne cherche pas à redresser la barre. C’est à l’occasion de l’élection du gouvernement Papandréou (PASOK, parti socialiste) en 2009 que la crise grecque éclate avec la découverte de l’ampleur du déficit du pays dissimulé par la droite. Le Premier Ministre Papandréou est alors forcé de renoncer au plan de relance de 2,5 milliards d’euros qu’il avait annoncé durant sa campagne et présente à sa place un paquet d’austérité censé ramener, avant 2013, le déficit grec de 12,7% à 3% du PIB (comme prévu par le pacte de stabilité et de croissance de l’Union). Les mesures d’austérité mises en place par le gouvernement visent la dépense publique, le recrutement, les salaires et les primes des fonctionnaires, le rétablissement de l’impôt sur la succession et sur la grande fortune foncière ainsi que des privatisations de propriétés foncières de l’Etat.

Le marathon de l’austérité

Mais ces mesures ne suffisent pas aux institutions internationales et aux partenaires européens de la Grèce qui demandent un effort supplémentaire aux Grecs. En vue d’obtenir ce qui ne sera que le premier plan d’aide, le gouvernement grec présente un plan d’austérité supposé lui permettre de dégager 4,8 milliards d’euros grâce à une augmentation de la TVA, des taxes sur les alcools, le tabac, les carburants et les produits de luxe, à un gel des pensions de retraite et à des coupes dans les salaires. Au vue des efforts consentis, l’Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et la Grèce s’accordent en mai 2010 sur un plan de sauvetage de 110 milliards d’euros ventilé sur trois ans. Les Etats membres de la zone euro s’engagent ainsi à verser 80 milliards et le FMI 30 milliards.

Le plan d’aide est néanmoins conditionné par un troisième plan d’austérité, visant à économiser 30 milliards d’euros, qui accentue les mesures prises avant l’accord et y ajoute des baisses de salaires pour les fonctionnaires, une durée de cotisation plus longue, la libéralisation des marchés des transports et de l’énergie et la possibilité pour les entreprises de licencier plus de 2% de leurs effectifs par mois. En dépit des manifestations parfois violentes qui ont lieu devant le Parlement pendant l’année qui suit ces mesures, un quatrième plan d’austérité visant à économiser 28,4 milliards d’euros est adopté par le Parlement grec. Les mesures dictées par le FMI et l’Union européenne provoquent des manifestations d’une très grande violence car elles sont particulièrement drastiques.

Un mois après le quatrième plan d’austérité de juin 2011, le FMI, l’Union européenne et la Banque centrale européenne se mettent d’accord pour lancer un deuxième plan de sauvetage de 158 milliards d’euros de prêts répartis entre le FMI et le Fonds européen de stabilité financière créé à l’occasion du premier plan d’aide en 2010.

En novembre 2011, après avoir soumis son pays à un cinquième plan d’austérité en septembre et l’avoir confronté à l’accord européen prévoyant un contrôle accru de la Troïka (FMI, UE, BCE) en échange de l’effacement d’une partie de la dette grecque, le Premier Ministre Papandréou propose d’organiser un référendum sur la question. Mais le référendum n’est pas très apprécié par les technocrates de la Troïka qui ont tendance à considérer toute consultation populaire comme du populisme. Face au désaveu des Grecs et aux critiques de ses partenaires européens, Papandréou démissionne pour être remplacé par Lucas Papademos, l’ancien gouverneur de la Banque de Grèce, qui ne tardera pas à faire lui aussi adopter un nouveau plan d’austérité de 350 millions afin d’éviter à la Grèce d’être en cessation de paiement.

Le 17 juin 2012, soit un peu plus de six mois, un plan d’austérité et un plan d’aide international plus tard, c’est un gouvernement de coalition mené par Antonis Samaras qui dirige la Grèce. C’est le retour du parti Nouvelle Démocratie au pouvoir, et donc de celui qui avait maquillé les comptes avant 2009 dans une coalition avec le Parti socialiste grec (PASOK), lui-même impliqué dans un maquillage de comptes publics avec l’aide de la banque d’affaire Goldman Sachs en 2001. Certains diraient que les loups sont dans la bergerie, mais ce gouvernement de coalition dirigera tout de même le pays pendant deux ans et demi. Au cours de cette période, la coalition ND-PASOK lancera un septième plan d’austérité prévoyant une nouvelle augmentation de l’âge de départ à la retraite (de 65 à 67 ans), des baisses de salaires du secteur public ainsi qu’une dérégulation des marchés du travail et des services. Ce septième plan sera suivi moins d’un mois plus tard par l’annonce d’un nouveau plan d’allégement de la dette et le report du paiement des intérêts à 2021. Ce plan d’allégement de 40 milliards d’euros que Pierre Moscovici, à l’époque Ministre des finances de la France, considère comme un « tournant », est dénoncé par le parti d’opposition Syriza qui le voit comme « un pansement sur la plaie béante de la dette ». D’ailleurs moins de six mois plus tard la coalition d’Antonis Samaras fait une nouvelle loi d’austérité qui hausse l’imposition des professions libérales, des salariés gagnant plus de 21 000 euros par an (soit les classes moyennes grecques), et pour la première fois depuis 1953, la soumission des fameux armateurs grecs à l’impôt. Ce sera la fermeture de la télévision publique ERT en juin 2013 qui fragilisera la coalition en provoquant le départ des députés du parti DIMAR et un remaniement gouvernemental.

Pendant un an et demi, la crise grecque continue doucement mais surement de s’aggraver avec entre autres, la montée du chômage (plus d’une personne sur quatre à la rentrée 2013), la montée du parti néonazi Aube Dorée, la mise en vente d’îles paradisiaques, la hausse des suicides, mais aussi l’incapacité de la Grèce à endiguer les arrivées de migrants.

L’année 2014 voit le retour de la Grèce sur les marchés boursiers après quatre ans d’absence. Les prévisions indiquent qu’après six années de récession le PIB devrait croître de 0,6% au cours de l’année. La télévision publique rouvre son antenne, pourtant la coalition de la gauche radicale Syriza obtient le meilleur résultat aux élections européennes. Le président du parti, Alexis Tsipras, interviewé par Le Monde dénonce déjà en juin 2014 « la colonisation du sud de l’Europe », et va plus loin en déclarant, « Mme Merkel et M. Schäuble ont un plan stratégique, appelé la germanisation de l’Europe, et la colonisation du sud de l’Europe. Ils veulent créer une zone économique spéciale à la périphérie du continent, sans les contraintes du droit du travail, avec des bas salaires, un chômage structurel élevé ».

En dépit de la confiance du gouvernement Samaras, les doutes sur la capacité de la Grèce à honorer ses engagements grandissent. Mais l’été est là, une nouvelle Commission s’est installée à Bruxelles et les problèmes attendront la rentrée. En effet, avec l’automne c’est le retour des soucis, et quand le 10 octobre 2014 le Premier Ministre Antonis Samaras fanfaronne « Nous pouvons sortir des plans d’aide un an et demi plus tôt que prévu » les taux d’emprunt de la Grèce sur les marchés doublent en quelques jours.

Début décembre 2014, le Parlement grec adopte son budget pour l’année 2015 mais il ne sera pas validé par la Troïka qui considère qu’une prévision de croissance de 2,9% n’est pas réaliste. L’annonce faite par Antonis Samaras ayant eu pour résultat de faire grimper les taux d’emprunt de la Grèce sur les marchés est encore dans les mémoires. La perspective d’une prolongation du programme d’aide est un camouflet pour le Premier ministre qui va convoquer des élections anticipées. Cette annonce provoque un plongeon de la Bourse grecque et l’inquiétude de la Troïka. Pendant la courte campagne électorale, les pressions européennes sur les électeurs grecs sont très fortes et la chancelière Angela Merkel évoque la sortie de la Grèce de la zone euro, ou Grexit, en cas de victoire de Syriza.

« Jason » Varoufakis et la toison d’or bruxelloise

Les élections sont remportées le 26 janvier par Syriza, Alexis Tsipras devient Premier Ministre et nomme comme Ministre des Finances celui qui deviendra rapidement la bête noire de la Troïka, Yanis Varoufakis. Vont alors suivre six mois de négociations intenses entre le gouvernement grec et ses créanciers. En février, suite au vote de confiance du Parlement grec sur le programme de Syriza, la Banque centrale européenne cesse d’accepter les bons du Trésor que les banques grecques lui donnent contre des liquidités, le bras de fer s’engage. Les négociations, qui vont durer jusqu’en juin 2015, portent sur les réformes que le gouvernement grec est prêt à faire en échange de l’extension du plan d’aide sans lequel la Grèce ne pourrait pas rembourser ses dettes auprès du FMI notamment.

Aucun accord n’est trouvé et bientôt la Grèce doit faire face à un remboursement au FMI sous peine de se retrouver en cessation de paiement. Le gouvernement Tsipras qui refuse toujours les mesures qui lui sont proposées va répondre le 28 juin à l’ultimatum de ses créanciers par l’annonce de la mise en place du contrôle des capitaux et l’organisation d’un référendum pour le 5 juillet. Ce défi que lance Tsipras à ses créanciers provoque la rupture des négociations et un débat à travers toute l’Europe. Ainsi, des personnalités telles que Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’économie en 2001) ou Thomas Piketty (auteur du best-seller Le Capital au XXIème siècle) vont se prononcer contre l’attitude intransigeante des créanciers.

L’annonce de la tenue d’un référendum provoque une exaspération des partenaires européens de la Grèce, pour Jean Claude Juncker « Un non des Grecs au référendum serait un non à l’Europe », le Président français François Hollande appelle les Grecs à revenir à la table des négociations tandis que la Chancelière Angela Merkel semble se laver les mains de la suite des événements. L’exaspération est aussi là chez les « petits pays » de la zone euro et la Slovaquie, qui considère le référendum comme du chantage, appelle par exemple à la sortie de la Grèce de la zone euro.

Le résultat du référendum est sans appel, 61,31% des Grecs ont voté « Non » aux mesures proposées par les créanciers. Une des surprises de ce référendum sera la démission du Ministre des Finances Yanis Varoufakis « afin d’aider Alexis Tsipras à exploiter comme il l’entend les résultats du vote », il est remplacé par Euclide Tsakalotos jusque-là vice-ministre des affaires étrangères. Suite à ce vote, les créanciers européens de la Grèce fixent l’ultime date butoir d’une longue série de dates butoirs au 12 juillet. La Grèce fait face à la menace d’un Brexit bien réel et son maintien dans la zone euro dépend des mesures qu’elle est prête à mettre en œuvre. Alors que le contrôle des capitaux limite les retraits d’argent à 60 euros par jour les Grecs qui vivent dans un pays en crise depuis plus de 6 ans commencent à entrevoir à quoi ressemblerait une sortie de l’euro et un retour à la Drachme.

Le 13 juillet, les négociations entre la Grèce, la France, l’Allemagne et l’Eurogroupe débouchent sur un accord qui prévoit pour la Grèce une réforme de la TVA, une réforme fiscale, une réforme du système des retraites, une réforme du code de procédure civile et l’engagement de nouvelles mesures sur la privatisation du réseau électrique, une réforme du marché du travail et un renforcement du secteur financier.

Le 16 juillet, le Parlement grec vote l’adoption des mesures qui débloquent la négociation d’un nouveau plan d’aide à la Grèce. Suite à ce vote, la Grèce et l’Eurogroupe ont conclu un accord de principe sur la mise en place du troisième plan d’aide qui devrait s’élever à 85 milliards sur trois ans. Alexis Tsipras qui a affirmé ne pas croire en la viabilité de ce plan a annoncé fin août qu’il démissionnait et que des élections anticipées pourraient avoir lieu le 20 septembre. Débordé sur sa gauche par l’Union Populaire, parti créé par les frondeurs de Syriza dont son son ancien ministre Yanis Varoufakis, Tsipras convoque ces élections comme un plébiscite que certains qualifient de « bonapartiste ». En effet, ayant cédé aux exigences de ses créanciers afin d’obtenir le troisième plan d’aide, Tsipras compte sur ces élections pour renforcer sa position au Parlement.

Le dimanche 20 septembre les Grecs ont voté et les résultats permettent de dire qu‘Alexis Tsipras a remporté son pari puisque le parti Syriza obtient 145 sièges et réussi à conserver la majorité absolue (151 sièges) grâce au maintien de sas coalition avec le parti des Grecs indépendants (10 sièges). Le parti Nouvelle démocratie se place en deuxième position avec 75 sièges et le parti d’extrême droite Aube dorée passe devant le PASOK (sociaux-liberaux) pour devenir la troisième force politique de Grèce. Quant aux frondeurs de l’Union Populaire avec 3% des voix ils ne rentrent pas au Parlement, Syriza se trouvant amputé de sa tendance la plus radicale et Alexis Tsipras débarrassé de ses frondeurs.

Guilhem COLOMBAHI

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